21/12/2006

Camarades !

fonctionnaireAprès quelques secondes d'un silence glacé, Laura fit remarquer que la famille Short n'avait jamais fait dans le meurtre. Leur petite taille les avait naturellement conduits sur une voie professionnelle marginale mais, en effet, aucun d'entre eux n'avaient les compétences requises pour assassiner un homme.

- " D'autant plus, ajouta Mouse, qu'il sagit ici de notre employeur, presqu'un mécène."
- "Tout à fait" reprit l'assemblée en choeur.
- "Ceci dit, ne nous voilons pas la face pour autant, tempéra l'aîné. Il y a bien longtemps que plus personne à la boîte ne voit dans notre activité la dimension scientifique et profondément novatrice qui nous inspire depuis plusieurs années. Aujourd'hui, plus personne ne nous regarde avec l'intérêt des débuts. Nous ne sommes plus considérés que comme du petit personnel de maintenance, on se contente d'entretenir le système, de passer de l'huile là où il faut, nous n'assurons plus que le train-train libidineux d'une classe supérieure de fonctionnaires sur le déclin. Rappelez-vous nos promesses d'émancipation, notre désir d'étendre à tous les privilèges de l'orgasme. Ne sommes-nous pas tous résignés ? Ne sommes-nous pas devenus nous aussi de petits fonctionnaires confortablement accrochés à notre salaire médiocre ? Pouvons-nous encore feindre de travailler par conviction ?

La voix de Short occupait tout l'espace. Son discours prenait progressivement l'accent du syndicaliste vigilant, fougueux et contestataire. A mesure qu'il parlait, on voyait tous les sourcils se froncer, comme pour mieux acquiescer. Egdar et ses frères opinaient, concentrés, littéralement pendus aux lèvres de leur père. Toute la famille prenait une leçon de rigueur morale et approuvait d'être ainsi rappelés à l'ordre.

- "Quand j'ai rencontré Boss pour la première fois, votre mère et moi commercialisions déjà quelques jouets sexuels à utiliser au bureau. Nous étions alors convaincus de la nécessité de pacifier les rapports humains dans les entreprises et nous pensions bien y arriver en agissant directement sur la sexualité des travailleurs. Les premières expériences que nous avions menées dans un petit cabinet d'avocats s'étaient révélées très positives. A l'époque, nous travaillions sur la masturbation. Nous avions réussi à prouver qu'elle agissait comme un rempart au stress galopant et aux sautes d'humeurs profondément néfastes au monde de l'entreprise et à sa rentabilité. Par l'entremise de nos petits jouets, nous parvenions à déshiniber les travailleurs, nous encouragions leur nature sexualisée et leur donnions les clés de l'assouvissement.

- "Boss avait entendu parler de l'expérience et souhaitait étudier avec nous une solution plus aboutie pour sa propre entreprise. Par "plus aboutie", il voulait dire plus humaine, plus incarnée. D'où ma proposition de faire intervenir une femme de chaires et d'os. Nous connaissions Sandrine depuis un moment déjà. Elle nous avait rendu plusieurs services au cabinet d'avocat mais elle ne s'était pas encore investie physiquement jusque là. Nous négociâmes son salaire avec Boss, si bien qu'elle rejoint la boîte trois semaines à peine après notre premier contact avec Boss. Le temps de définir le déroulement des "scéances", Sandrine jouait le rôle d'assistante de direction, histoire de faire connaissance avec la clientèle. Ils étaient 8 à se partager le quatrième étage et nous pensions qu'il était préférable de procéder progressivement. Personnellement, je craignais qu'un grand déballage publique au sein de l'entreprise ne favorise l'émergence d'une contestation puritaine tout à fait déplacée. En ne nous adressant qu'à un public de quinquagénaires mariés depuis longtemps, nous pensions bien rencontrer un vif intérêt, voire même une demande de leur part. Et en effet, nous étions loin d'imaginer à quel point le mariage, chez les grandes tailles, interrompait aussi net le parcours sexuel de chacun. En quatre mois à peine, Sandrine avait pu s'entretenir avec les huit directeurs concernés et elle en avait fait jouir six d'entre eux. Les deux derniers n'ayant pas du tout apprécié l'initiative, Boss les avait délocalisé dans sa filière Ardechoise.

Bien sûr, tous les Short connaissaient déjà par coeur l'histoire de leur métier. Mais harrangués de la sorte, ils mesuraient vraiment le caractère philantropique de leur vocation. L'admiration naturelle qu'ils vouaient à leur père s'en trouvait décuplée, car non seulement la motivation sans borne de Mouse les avait sortis de la vie morose promise par leur handicap, mais son optimisme obstiné leur avait ouvert les portes d'une profession fondamentalement humaine et louable. A ce stade, plus personne ne pensait à assassiner Boss. Seule comptait l'envie de relancer la croisade familialle contre l'aigreur de la mal-baise.

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déjeuner chez Short

Paul-Klee-Ancient-SoundCe matin-là, Mouse D. Short s'était levé de très bonne heure. Depuis la veille, il n'avait pratiquement rien dit, pas même à ses fils qui l'avaient pourtant questionné sur son apparté avec "l'excité". Mouse avait étouffé sa réponse dans un grognement qui avait dissuadé toute envie d'insister. Jenny Short, sa femme, n'avait pas mis deux minutes avant de flairer le malaise qui habitait son petit homme. Comme elle le connaissait bien, elle ne lui avait posé aucune question. "Il parlera quand il parlera" avait-elle annoncé à ses ouailles pour les calmer.

Après une nuit toute blanche, Mouse était arrivé à la conclusion que cette situation allait forcément détruire quelqu'un, mais que ce ne serait pas l'un des siens. Cette nouvelle perspective l'avait tout de suite apaisé. En très grande forme en dépit de sa petite nuit, il s'était dit qu'il profiterait du petit déjeuner pour mettre tout le monde au courant. Mouse D. Short aurait aimé leur proposer un plan d'action, un planning détaillé des événements à venir mais, à son plus grand regret, il n'était que l'instrument de ce personnage hargneux qu'il avait rencontré la veille, un certain K quelque chose. Saturé par ses propres questions, Short décida qu'il réfléchirait mieux en marchant.

Quand il revint, la maison était toujorus silencieuse. Short s'assit dans le rocking chair qui meublait le corridor d'entrée. De là, il avait une vue impayable du large escalier par lequel il verrait descendre un par un les membres encore ensommeillés de sa petite tribu. Sitôt qu'ils furent tous réunis, il passa aux aveux.

- "Hier, comme certains ont pu le constater, nous avons fait une rencontre malheureuse dont il nous faut aujourd'hui assumer les conséquences" commença Short sur un ton solennel. Ses quatre fils, sa femme, son frère aîné qui était veuf et sa fille Laura, tous l'écoutaient avec une attention particulière. Personne n'ignorait que quelque chose de grave tracassait Mouse D. Short et c'était la famille entière qui en subissait la tension. La famille Short faisait partie de ces clans dont les liens se sont resserrés constamment au cours des brimades successives dont ils furent les victimes. Dans le cas de Short, il s'agissait de cette taille bien en dessous de la moyenne, sempiternel objet des railleries communes et unique cible d'archers sans imagination. Depuis leur première classe, alors que les autres gosses frôlaient à peine le mètre trente, les Shorts regardaient déjà leurs semblables d'en bas ! Après cela, toute leur vie s'était focalisée sur la gestion de leur handicap. Ils en étaient naturellement arrivés à se rassembler, "s'unir pour grandir" avait proféré Mouse un soir de grande colère. - "L'homme que certains d'entre vous ont rencontré hier à la Boîte m'a chargé d'une mission qui, je le crains, risque bien de mettre un terme à nos recherches. Ce "K.", comme il se fait appeler, n'a vraiment rien de commun, je vous l'assure. Je pourrais jurer qu'il ignore tout de notre travail. A l'évidence, cet homme en est au stade de l'intuition pugnace, celle qui vous houspille, qui vous démange, qui vous extrait de votre désoeuvrement de petit employé lambda et vous pousse à l'exploit. Il dégageait une hargne, mes enfants, une excitation aride et violente. Il brule de connaître le sens de notre projet mais n'en possède aucune clé. Mais qu'à cela ne tienne, il a déclaré la guerre ! Une guerre à l'aveugle contre un ennemi qu'il ignore mais qu'il a néanmoins incarné, personnifié... " Short respira longuement. La tablée ne bronchait pas. Ils se faisaient tous violence pour sortir rapidement de la brume matinale et ne rien perdre des explications du patriarche. Ils voulaient tous être fixés: qui était donc devenu la cible de K. Ils craignaient pour Mouse, bien sûr, mais aussi pour edgar qui avait été le premier à faire la connaissance de K. et de Julie. Quelques chuchotements naissaient autour de la table, Mouse reprit :

- "Nous avons reçu l'ordre d'assassiner Boss" lâcha-t-il finalement.


(photo: Paul Klee - "ancient sound")

12:53 Écrit par dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/11/2006

Lendemain, jour 1.

images6:42 am. Je laissais Julie regagner son bureau. Pas envie de lui dire où j'allais. Nous sentions tous les deux qu'il fallait parler, briser la glace, mais je me sentais incapable d'engager la moindre conversation avec elle. En tous cas pas maintenant.

La porte de la cave était ouverte quand je me présentai devant elle. Je frappai deux fois avant d'entendre la voix matinale de Sandrine : "Oui, j'arrive".

S. - Ah,c'est toi, K. ! Bonjour
K. - Salut ma grosse, tout va bien ?
S. - Ca va, oui. Juste deux ou trois dossiers chauds à finir ce matin. Boss doit passer les prendre vers midi.
K. Je vois. Ca doit être des dossiers brûlants pour te trouver ici avant 7h. Je vais pas m'attarder alors.
S. - Bah, je peux quand même t'inviter quelques minutes là derrière hein. Je ne suis pas si pressée.
K. - Merci mais non merci. C'est pas la grande forme ce matin. Et puis, je sais pas comment tu fais, Sandrine. Tous ces connards pansus qui défilent ici pour juter en vitesse, ça me fout l' cafard. J'ai même aperçu un nain hier, même pas un mec de la boîte en plus. Je sais pas comment tu fais.

Tout ce que Sandrine me dirait sur Short était bon à prendre. Fallait juste espérer qu'elle fasse pas l'innocente. Mais je la connaissais, Sandrine, c'était pas son genre.

S. - Oh, Short, c'est un peu différent. Tu sais que je ne peux pas te dire tout K. mais tu peux me croire, Short est surtout un employé ici. On ne peut pas dire qu'il profite, c'est même plutôt l'inverse.
K. - Tout ça parce qu'il passe un coup d'aspirateur en fin d'après-midi. Tu serais pas amoureuse d'un nain toi par hasard ?
S. - T'es trop con, je devrais pas parler avec toi, qu'elle lâcha en souriant. Ce qui est sûr, c'est que tu te trompes sur Short. Et de toutes façons, je crois vraiment que tu devrais oublier cette histoire, venir avec moi derrière et faire ta journée comme le bon petit employé colérique que tu es.
K. - Je vais être très franc avec toi, Sandrine; avec un peu de chance, tu arrêteras de me traiter comme le dernier des trous de cul.
S. - Dis-moi donc. (Je sentais de l'amusement dans sa voix)
K. - Quelqu'un va assassiner Boss dans les prochains jours !
S. - Quoi ?
K. - C'est quelqu'un de la boîte, je sais pas encore qui mais je suis certain que ça concerne ce qu'il se passe dans cette cave.

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23/08/2006

 

6 : 30 am. Je regardais mes yeux bouffis dans le miroir des toilettes du troisième. J'encaissais mal les efforts de la nuit. Julie se maquillait à côté de moi, on était parti dans une précipitation des plus anarchique. Se réveiller côte à côte nous avait foutu mal, comme des gosses peu à l'aise. Au réveil, généralement, je ne suis pas des plus causant. On s'était chacun rué vers nos fringues puis, une fois habillés, pour ne pas rester comme deux glands en fleur l'un face à l'autre, on avait tracé vers la boîte. Trajet on ne peut plus silencieux.

Amarré à la machine à café, mes idées retrouvaient un semblant de cohérence, ma journée se construisait mentalement. A 18h, j'étais sensé remettre à Short le plan complet de l'assassinat de Boss. Je m'attendais vaguement à un coup tordu de sa part. Peut-être m'attendrait-il avec une horde de nains vicelards, près à me bouffer ce qu'il me restait sous la ceinture. Peut-être même aurait-il prévenu Boss, auquel cas c'en serait fini de K. dans cette boîte. Ce serait pas la fin du monde mais, à choisir, je préférais la jouer à ma façon. Comment ? C'était une autre histoire, je n'avais pas encore la moindre idée de la stratégie à adopter. Paul n'allait plus tarder, prêt à recevoir mes ordres. Je n'étais pas préparé.

Je décidai d'aller rendre visite à Sandrine. A cette heure-là, elle n'était certainement plus très loin du bureau, je l'attendrais dans sa cave.

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22/08/2006

tout en marchant

Je marchais depuis quelques minutes, la minuscule taverne de Carlos Lejos n'était plus très loin. Bizarrement, je m'étais rarement senti aussi bien de toute ma vie. Pour la première fois, l'austère trottoir de ce quartier hors de prix me semblait confortable, presque mou. Mes jambes cotonneuses appréciaient beaucoup. S'il avait fallu que je me plaigne de quoique ce soit à ce moment-là, je me serais trouvé dans la merde. Pour une fois, une très rare fois, je me sentais comblé ! Je commandai les tapas poliment, calmement. Je m'aperçus que ce mongolien d'Andreas oubliait une fois de plus de scotcher le petit pot d'anchois et que ces derniers n'allaient pas manquer de se casser la gueule dans le sachet hautement perméable de la Casa Lejos. Je ne bronchai pas. Je souris vaguement, payai et m'en allai.

Sur le chemin du retour, une pensée étrange me traversa de part en part. Comment pouvais-je me sentir à ce point "bêtement bien" alors que Julie était loin, très loin, d'être le coup de l'année ? Plusieurs fois auparavant, je m'étais déjà trouvé niaisement heureux à la suite de quelques pilonnages bestiaux, je devais bien l'admettre. Mais - et je ne le déplorais même pas - Julie était loin d'appartenir à la caste bénie des baiseuses-nées ! Filmée, sa gestuelle n'aurait probablement excité qu'une frange infime d'onanistes incurables, quelques obsédés pathologiques à la rigueur, mais tout homme équilibré aurait rapidement conclu à un beau cul un peu gauche. Vraiment pas de quoi s'user le gland.

Et pourtant, j'avançais le dard en berne, pressé de remettre le couvert.

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29/05/2006

 

A peine assise, Julie avait bouclé sa ceinture; preuve qu'elle ne se sentait pas en totale confiance avec moi. Pour être franc, ça m'arrangeait plutôt bien. Julie ne savait pas où j'habitais, du moins je l'espérais. Elle m'avait dit qu'elle occupait une ancienne ferme retapée dans les campagnes avoisinantes, je n'avais pas vraiment relevé. "Une paysanne" m'étais-je dit à l'intérieur, "une fille nature, mwouais, sûre qu'elle est pas épilée" avais-je prolongé tout en revoyant mentalement le vieux tube de veet que Véro avait oublié dans l'armoire le jour de son départ. A se demander ce qu'elle pouvait foutre avec ce truc, elle dont l'origine babouine ne faisait aucun doute.

J. - "Vous vivez seul, K. ?"
K. - "On ne peut plus seul, inspecteur."
J. - "Je ne voulais pas être indiscr..."
K.- "Je plaisantais... mmh, les gens ont parfois du mal à sentir quand je plaisante. Du coup, ça m'arrive plutôt rarement. Mais tes questions ne m'ennuient pas, tu peux y aller !", caramelisais-je.
J.- "Depuis longtemps ?"
K.- "La dernière à m'avoir quitté s'appelait Véronique, une pouffiasse aux dents longues, bien trop longues pour la fellation. Ca n'aurait pas pu marcher... C'était il y a 9 mois."
J.- "Vous semblez plus atteint que ça..."
K.- "Excuse-moi mais plus atteint que quoi ?" lâchais-je d'une intonation joliment menaçante.
J.- "Tout votre personnage, K., montre parfois un plafonnage grossier sur une surface bien plus profonde que vous voulez bien le montrer. Vous n'êtes pas aussi dur et froid que ça, je peux le sentir à n'importe quel moment"

Top, 7 minutes 36 secondes. J'avais gagné ! Le tout, avec les femmes, c'est pas de leur montrer ce qu'elle veulent voir, cette putain de sensibilité crétine dont elle disent raffoler, mais de leur faire comprendre qu'elle existe en nous, qu'elle est enfouie quelque part sous une épaisseur virile. L'épaisseur virile, c'est ce qui les inquiète et les excite par dessus-tout. C'est la testostérone qu'elle n'auront jamais, c'est le déclencheur suprême de ce que j'appelle "l'irrépressible besoin de bite". Pas besoin de la ramener avec nos états d'âme de branleur existentiel pour lever une fille, inquiétez-la d'abord, quitte à l'énerver terriblement, puis suggérez-lui très discrêtement que vous n'êtes pas seulement l'animal puissant qu'elle redoute et convoque d'un même spasme ! Si elle débarque avec une phrase genre : "Je suis sûre que tu masques ta vraie nature sensible sous des airs de gros dur" , c'est gagné, reste plus qu'à être à la hauteur... ou à la longueur.

J'ai donc laissé planer quelques secondes de fausse réflexion avant de coordonner l'aller simple de ma main sur l'intérieur de sa cuisse avec une inspiration hésitante, le mec réellement touché quoi. J'y allais d'un arpège délicat mais ferme, pas question de faire oublier K. le bestial, je promenais mes doigts selon un parcours choisi, décidé. Tout en appréciant la texture, je prenais soin de la rassurer sur sa dernière question : "Je me demande comment tu fais pour voir si clair en moi". En drague, ne jamais craindre le ridicule, franchement. C'est pas ce que vous pouvez bien raconter qui compte mais le ton et l'assurance avec lesquels vous posez votre voix. La plupart des femmes, contrairement aux hommes, attachent souvent plus d'importance à la forme qu'au fond ; les exceptions étant le plus souvent d'infâmes intellectuelles dont l'hygiène douteuse autant que les convictions devraient faire fuir tout homme normalement fait.

K.- "J'ai quelque chose pour toi" dis-je tout en ôtant ma main de sa cuisse. "Tu n'es pas pressée ?"
J.- "Pas vraiment non, de quoi s'agit-il ?"
K.- "Pour être tout à fait franc, il s'agit de tes orteils..."
En douze minutes exactement j'avais garé ma caisse sous mon balcon, sorti deux bouteilles de vin (une de blanc, l'autre de rouge), j'avais installé Julie sur le fauteuil bordeaux de ma salle de bain et mis ses deux pied dans un bassin rempli d'eau tiède. Je la regardais souvent, j'adorais l'inconfort dans lequel je la brusquais. Elle commençait à se demander sur quel malade elle était tombée, ça arrive parfois, rien de grave. J'ai débouché le blanc, pas mauvais, je lui servi un demi verre afin qu'elle en boive une bonne rasade et que je lui réserve aussitôt un verre bien plein. Je me mis à lui masser les pieds, en commençant par la plante avec la paume de la main puis en appuyant des deux pousses vers les orteils, toujours très fermement. Sa dernière surprise fut de me voir remplacer l'eau tiède par du lait. Je prétextais pour la calmer qu'il s'agissait d'une pratique commune dans bien des régions du monde alors que nous savons tous très bien que la seule vertu du jus de vache est son caractère érotisant.

J'ai attendu qu'elle ferme doucement les paupières pour lui suçoter les orteils une première fois. Ce n'est pas si facile à réaliser, ne nous y trompons pas, le pied - contrairement à l'homme - est une zone particulièrement sensible, capable de susciter des sensations très contradictoires. On peut très bien, par exemple, déclencher une pulsion érotique perforante d'un revers de la langue et l'annuler par un chatouillement crapuleux dans la seconde suivante. Le léchage d'orteils est un art en soi, c'est pourquoi il doit s'accompagner d'alcool, pour freiner le protectionnisme aigu que l'on voue à nos nerfs et à nos sens.

Je lui ai tripoté les bouts de pied jusqu'aux premiers gémissements discrets, abandonnés par mégarde, comme si votre gigot, depuis le four, vous susurrait qu'il était cuit à point, qu'il était temps de l'ôter de là et de passer à table. Toujours à genoux, je lui ai relevé les jambes, sa jupe a baillé, elle a presque ronronné, je me suis approché pour lui prendre le verre des mains. Je n'avais pas encore décidé de la pièce dans laquelle j'allais l'emmener mais il me sembla subitement que cette salle de bain ne manquait de rien pour ce que nous avions à faire. Comme je voulais profiter de l'état dans lequel je venais de mettre Julie, je me contentais de la redresser légèrement sur le fauteuil et d'étendre mon massage à une zone bien plus large. Plus large, oui, mais aussi infiniment plus riches en recoins érogènes.

Loin de moi l'idée de me vanter mais je n'étais pas mécontent quand, une bonne heure plus tard, je fis le point dans ma douche. Julie était allongée sur le pieu, les joues rouges, et moi je crevais la dalle. Je me suis tapoté la bite quelques fois avant de sortir et de passer devant la chambre dont la porte était restée ouverte, pas envie qu'elle se dise que j'en voulais encore... En passant, je la vis nue et belle, les paupières closes mais éveillée, baladant nonchalamment un doigt entre les orteils de son pied gauche.

K.- "Je vais chercher des tapas, j'en ai pour 10 minutes"

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04/05/2006

encadrement

Ah, fallait le voir le p'tit Short, fallait le voir se gratter les joues, puis le nez, puis le menton, comme s'il perdait des écailles à mesure que ma dernière phrase résonnait en lui. Perché à un bon mètre quatre-vingt, je le surplombais avec toute ma suffisance, sans sourciller, muet, imperméable à tout mouvement d'humeur ! Short était dépassé, je le voyais manquer d'air, en chercher désespérément, je sentais qu'il sentait que j'attendais. Je sentais qu'il craignait que je ne sois pas patient, et de fait, j'enfonçais une dernière fois le clou :

K. - "Demain à 18h, à cet endroit précis, je vous remettrai le plan. Vous l'étudierez pendant trois jours pendant lesquels nous ne nous verrons pas. Vous serez surveillés, vous et votre famille, je ne prendrai pas le moindre risque. Et si je m'aperçois que vous cherchez à contacter qui que soit ici, je vous scie à hauteur des tibias... Je ne vous fais pas de dessin je suppose ?
S. - "Vous êtes un malade, K., un authentique malade !
K. - "L'humain est ma maladie, Short, il est ma diarrhée à moi. Je suis un poète enfermé dans un zoo, cela vous étonne-t-il que je rêve d'épuration drastique ?
S. - "...
K. - "Ne répondez pas, vous avez du boulot ! Reprenez votre nichée et cassez-vous, on se verra à 18h demain.

Il n'a pas fallu plus de 3 minutes pour que la petite bande s'en aille dans un silence plombant. En rentrant dans la cuisine, la silhouette de Julie avait des airs de point d'interrogation. J'ai jeté sur elle un regard en trois temps : yeux - seins - hanches, je n'osais pas lui demander de se tourner lentement. Paul n'avait pas bougé. Je commençais à me demander s'il allait un jour me servir à quelque chose. "Pas trop dur, fiotte ?" je lui ai demandé, non sans reproche.

J. - "Que s'est-il passé, K. ? Tu nous demande notre aide et puis tu pars magouiller je-ne-sais quoi à l'écart. On est sensé faire quoi nous dans cette histoire, ta bouffe ?"
K. - "Toi, t'aurais un mari chez toi, tu ferais pas chier comme ça, je te l'jure." C'est sorti tout seul.
J. - "C'est bon, moi je pars, j'ai rien à faire avec un mufle comme toi."

Ce que j'aime bien avec Julie, hormis son cul, c'est que oui, ok, elle râle parfois, question d'ormones ça, mais elle passe pas dix heures sur le même sujet de dispute. Elle te balance trois phrases qui te remettent en place puis basta, l'affaire est close. C'est appréciable comme qualité. Je lui souris, l'air de dire : Allez, tu sais très bien que ce n'est pas moi ça... On sait tout les deux que l'agressivité sert aux personnes hyper-sensibles pour se protéger etc, etc etc J'avais lu un jour un bouquin de Jacques Salomé en entier uniquement pour me lever une fille réputée intouchable. Sans déconner, j'ai descendu le livre en deux heures, convaincu de m'être tapé la pire daube de l'histoire. Je me souviens m'être branlé deux fois en pensant à la fille puis j'avais relu le même livre trois fois sur la nuit. Après ça, sans déconner, je parlais le fille mieux que n'importe quelle paire de sein. La nuit suivante, la nana m'avouait tout net n'avoir jamais été si bien comprise par un mec, parole de K. Bon, rapidement, la technique 'sensitive guy' m'a demandé trop d'effort alors je me suis mis à bosser comme un acharné pour pouvoir faire passer le même feeling juste par le regard, sans un seul mot. Y a pas à dire, à 18 ans, le cul des filles vous obsède tellement que vous accepteriez d'apprendre le martien pour un doigt ou deux à la sauvette. Tout ça pour dire que j'avais peu d'inquiétude sur les effets du sourire que je venais de balancer à Julie. Je me suis même permis de l'accompagner d'une main délicate sur son épaule. Elle m'a rendu le sourire avec une pointe de regard frondeur, juste comme j'aime, juste assez pour que je finisse de craquer complètement...

k. - "Bon, on a bien avancé, chuis pas mécontent. Rendez-vous à 7H30 demain matin pour que je vous mette au courant de la suite, d'ac ? Julie, je te raccompagne si tu veux, c'est sur ma route"

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28/04/2006

 

Je précédais Mouse D. Short, je l'entendais trotter derrière moi, hautain et maniéré. Sérieusement, les quelques heures que je venais de passer avec Julie et Paul m'avaient épuisé, cette attitude calme et posée que je m'efforçais de garder, mon incapacité à être socialement adapté sans d'énormes efforts contre ma nature, tout ça commençait à me plomber le dard . "K., mon vieux, il est grand temps que tu te retrouves seul si tu ne veux pas virer mollusque comme cette larve de Paul". Hors de question que ça m'arrive... C'est pas parce que type m'est utile que je vais lui polir le gland en souriant quand même, bordel. Rien que le fait d'avoir passé la porte, de me retrouver hors de cette cuisine, je me sentais revivre, une boule d'énergie se déloyait en moi. J'allais en découdre avec l'autre nain puis basta, j'me casse et Julie avec moi. Je proposerai de la retaper chez elle et si je sens la moindre ouverture, comptez sur moi, je dégaine !

Short. - "On est assez loin là non ? Qu'avez-vous à me dire au juste?"
K. - "Bon, p'tit gars, voilà le topo : Primo, tu changes de style. Les regards de haut, quand on flirte limite avec le mètre cinquante, ça fait connard, j'te jure. Tu fermes ta gueule, tu baisses les yeux et tu m'écoutes où j'te noie dans le bassin d'épuration qui est à deux rues d'ici. Tu le connais le bassin hein ? Tu vois de quelle eau puante je suis en train de causer, oui ? Bon, crois-moi ou pas, tu serais pas le premier à y piquer une tête. Le plus petit sûrement, mais certainement pas le premier !"

Il était médusé. Franchement, ce p'tit mulot auto-satisfait était à deux doigts de se chier dessus tellement il trouillait. Et moi, m'étant enfin retrouvé, je me sentais pousser des ailes, restait plus qu'à profiter de la situation.

Short? - "C'est quoi ça ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il vous prend ?"K. - "Ce qui va se passer, c'est que ton employeur, Boss, sera mort jeudi prochain !"
Short. - "Mais.."
K. - "Tu poses pas de question, tu ne réfléchis pas, tu écoutes et tu retiens ce que j'te dis, d'ac ?"
Short. - "..."
K. - "Sans Boss, t'es rien, juste une petite merde engoncée dans un business qui pue le vice et le foutre. Moi, je sais tout et j'te fait plonger quand je veux ce soir, demain, jeudi prochain, quand je veux. Tu me comprends bien ? Quand-je-veux ! Toi et ton chenil, vous êtes mal barrés mec !
Short. - "Mais putain, vous voulez quoi à la fin ?"K.- "Ah ! Il me demande ce que je veux. Je le crois pas, il me demande ce que je veux"

Bon, évidemment, fallait pas foirer. Honnêtement, je pensais pas prendre le dessus si facilement. Sur le coup, j'étais un peu pris de court. J'avais bien deux ou trois trucs à lui demander là, comme ça, au dépourvu, genre une petite pute de bureau, une asiatique pas trop gauche pour mes après-midi difficiles, mais bon fallait rester crédible jusqu'au bout ! Et pourquoi tenter l'impossible, au point où j'en étais ?

Short. - "S'il vous plaît, monsieur K., qu'attendez-vous de moi et de mes fils ?"
K. - "Je veux que vous assassiniez Boss ! "

Silence.

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Mouse D. Short

A 19h46 tapante, la porte de la cuisine s'ouvrit de l'extérieur et nous vîmes apparaître quatre petits hommes à la mine sérieuse. ils avançaient en file indienne, disciplinés et silencieux. Le premier était visiblement le père des suivants, ses traits étaient plus creusés, son regard plus lointain, Il avait les sourcils tressés à l'horizontale et portait une barbe soignée de près. Soudainement, il leva le bras droit et la petite troupe s'arrêta net derrière lui. Sentencieux, il s'adressa à nous :

- "Ne vous dérangez pas, jeunes gens, nous venons simplement rechercher notre collaborateur qui termine l'entretien du sous-sol"

N'attendant visiblement pas de réponse de notre part, il se remit en marche, direction la porte de la cave.

J. -"Vous voulez parler d'Edgar ?" osa Julie.
. - "Vous connaissez Edgar ?" demanda l'aîné, sur un ton bien moins cérémonial, presqu'avec inquiétude.
J. -"Nous venons de lui parler quelques minutes" expliqua-t-elle. "Mais, il n'était pas très loquace. C'est dommage parce que nous représentons peut-être un business qui vous intéresserait".
. -"Vous me permettrez d'en douter, jeune dame, les Short n'ont pas pour habitude d'accepter des contrats qu'ils n'ont pas eux-même suggérés."
K. -"Vous devriez peut-être l'écouter quand même, monsieur... Monsieur ?"
. - "Monsieur Short, Mouse D. Short", articula le petit. Je l'écouterais volontiers si je ne savais pas déjà ce qu'elle a à me proposer, monsieur ?"
K. - "Appelez-moi K."
M.S. - "Entendu, monsieur K. Puis-je à mon tour vous poser une question ? "Pourquoi, je veux dire, dans quel but vous intéressez-vous au développement du fantasme dans la sphère professionnelle s'il vous plaît ? Car, si je ne me trompe pas sur vous trois, vous êtes bien employés ici, non ? Seriez-vous le discret patron d'une autre entreprise ? "
J. - "Disons que nous y réfléchissons depuis plusieurs mois. Les trois personnes que vous voyez ici, Paul, K. et moi-même, ne souhaitons plus poursuivre notre carrière ici. L'ambiance est bien trop froide, vous comprenez ? Nous souhaitons bâtir une entreprise neuve, avec un fonctionnement adapté à l'époque actuelle. Une entreprise dans laquelle l'employé est davantage qu'un simple instrument, un cadre où le travailleur est un individu avec ses secrets, ses envies, ses fantasmes. Nous pensons qu'un employé qui réfrène ses pulsions finira par voir flétrir son potentiel créatif pour finalement se complaire dans un train-train stérile".

Julie assurait, je pâlissais d'admiration devant son rythme posé et l'honnêteté qu'elle mettait dans son interprétation. Je jetais un rapide coup d'oeil du côté de Paul qui s'était reculé dans le fond de la pièce pour faire place aux quatre petits corps fiers qui se dressaient, façon de parler, devant nous.
Je ne parlais plus depuis un moment, j'avais besoin de réfléchir. Toute cette mise en scène prenait un temps fou et, finalement, nous n'apprenions pas grand chose. J'essayais de synthétiser les récentes informations : on avait une cave où les bosses du 4ème venaient se vider dans une Sandrine que j'imaginais consentante. On avait un nain, Edgar Short, responsable de l'entretien de cette cave et sans doute d'autres choses également. A ce rythme-là, on pouvait encore se faire balader des heures.Je décidais de jouer ma dernière carte du jour, un quitte ou double.

K. - "Monsieur Short ? Puis-je m'entretenir quelques minutes avec vous en privé ? Je vous assure que ce ne sera pas long !" Demandais-je avec assurance, genre PDG pressé d'en finir avec une journée de merde. Mouse D. Short. - "Vous avez 3 minutes".

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02/03/2006

Pause café

Toute la troupe remontait vers la cuisine, Julie derrière Paul et moi juste derrière Julie. Une ascension mémorable car foutrement excitante. Dans la pénombre, les petites fesses de Julie se hissaient juste devant moi, énergiques et mélodieuses, si près de moi qu'il fallut me concentrer très fort pour ne les effleurer que trois fois sur le temps que dura notre escalade. Je m'excusais les trois fois. Paul nous attendait sur la dernière marche des escaliers, Julie le poussa d'un sourire à l'intérieur de la cuisine puis s'assit à la table. Short attendait, assis lui aussi, les mains croisées sur la table, les pieds ballants, l'air songeur. Je me dirigeais vers le percolateur, j'attendais que Julie parle la première afin de ne pas rompre le fil qu'elle était parvenue à tisser entre elle et Short. Contre toute attente, c'est la voix de Paul qui brisa le silence :

P. - "Comment se fait-il, Edgar, que vous vous serviez d'un balai et non d'un aspirateur pour nettoyer tout le sous-sol ?" Lança-t-il sans l'ombre d'un frisson dans la voix. "Cela doit vous prendre un temps fou, non ?"

Je me souviens avoir toussé, un pur réflexe. Soit ce Paul avait un plan infaillible pour faire causer le Petit, soit cette connasse-à-couilles allait simplement tout foutre en l'air avec des questions si stupides qu'elles paraissaient suspectes. Je voyais Julie s'inquiéter elle-aussi, elle et son joli petit cul haut perché. "K., bordèle, oublie ta queue trente secondes" entendis-je dans un coin de mon cerveau.

E. - "Le balais n'est qu'un prétexte" répondit Short. "On me paie pour balayer, bien sûr, mais on me paie bien davantage pour le reste" laissa-t-il planer.
J. - "Sincèrement, je me disais bien que vous n'étiez pas seulement balayeur, les balayeurs ne s'y prennent pas comme vous, ils sont plus lents, plus dispersés, leur esprit voyage pendant que le corps travaille. Or vous, on voit que vous êtes entièrement DANS votre tâche, dans chacun de vos gestes." Elle attendit quelques secondes, pensive, les lèvres entrouvertes. "Vous êtes très impressionnant à voir travailler vous savez Monsieur Short"

Short rougit. Comme il toussa très fort à ce moment, sa gêne passa presque inaperçue mais j'étais certain qu'il rougissait, intimidé par le rentre-dedans musclé de Julie.

K. - "Et dans quel business êtes-vous Monsieur Short, si ce n'est pas dans l'entretien des sols ?" accélérais-je.
E. - "Edgar Short, comme tous les Short de père en fils, est dans l'industrie du fantasme, cher monsieur" répondit-il en pinçant exagérément son accent. "Dans le fantasme au sens large, disons", il ajouta.
K. - "Au sens large ?"
E. - "Parfaitement... Ecoutez, je ne suis pas autorisé à parler de notre activité personnellement, toutes les informations concernant notre activité ne peuvent être diffusées que via notre service communication dont s'occupe Laura Short, ma cousine."
J. - "Pensez-vous que nous puissions prendre un rendez-vous avec elle au plus vite ? Nous travaillons tous les trois sur un projet qui consisterait à introduire la notion de fantasme dans l'univers professionnel mais..."
E. - "Ecoutez madame, merci pour le café et pour cette petite discussion mais je dois vraiment me remettre au travail, ils passent me prendre dans 6 minutes et je n'ai pas encore tout à fait terminé en bas", bafouilla Short en se levant d'un bond
J. - "Qui ça 'ils' ?" demanda Julie.
E. - "Mon père et mes frères, le ramassage est prévu à '46, il est '41. Au revoir."

il redescendit dans la cave, nous entendîmes la porte claquer. Julie, Paul et moi nous regardâmes pendant quelques longues secondes. Pour ma part, je n'avais rien compris de concret mais je savais que Short savait précisément ce qu'il se passait ici. Je savais aussi qu'il ne nous dirait rien de plus. En tous cas, pas ce soir. Je proposais aux deux autres d'attendre le reste de la famille Short. Ils acquiescèrent.

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23/02/2006

 Julie entre en scène

A la vue d'Edgar, Julie avait eu un mouvement de recul qu'elle négocia remarquablement en dépit des tasses très chaudes qu'elle tenait du bout des doigts. Elle se reprit très vite, esquissa un sourire en coin qu'elle agrémenta d'un regard bienveillant en direction du petit. Après nous avoir tendu nos cafés, Julie se faufila entre Paul et moi et pénétra dans la pièce. Edgar l'avait vue mais il ne la regardait pas, préférant promener son balais compulsivement, comme si le temps lui était compté.

Julie sentit probablement la gêne ou du moins l'inconfort de Short mais elle choisit de l'ignorer. Elle avançait jusqu'au corps boudiné du petit, calme et imperturbable. Elle se planta devant lui, posa une main délicate sur l'épaule gauche de Short et lui chuchota qu'il restait du café dans la cuisine, qu'elle se ferait une joie de lui en apporter une tasse ou, mieux encore, qu'il prenne quelques minutes pour s'assoir avec elle.

A quelques pas d'eux, je sentais le malaise de Short. La présence d'une femme, jolie de surcroît, l'excitait visiblement et il s'en trouvait désolé pour elle, désolé de ne pouvoir mieux cacher le trouble qu'elle venait d'éveiller en lui. Quant à moi, j'étais littéralement scié par le savoir-faire de Julie. Il ne lui avait pas fallu une minute pour comprendre l'importance du petit dans notre quête d'informations. Sans nous concerter, elle avait jugé qu'elle convenait mieux que Paul et moi pour approcher Short et essayer d'obtenir de lui quelques pistes, même brouillées, même partielles. Sa capacité et sa rapidité d'action subjuga Paul qui la regardait maintenant avec une admiration débordante. Décidément, ce Paul m'inquiétait.

Julie massait doucement l'épaule d'Edgar, remontant quelques fois les doigs jusqu'au col, impeccable, de sa chemise. Elle n'exagérait jamais, craignant de le froisser. Elle savait très bien jusqu'où l'intimider et avait pour cela un talent évident dont elle usait avec assurance. En quelques minutes, Short avait arrêté le balais et plongé ses yeux dans ceux de Julie. Il allait monter boire un café, nous en étions persuadés...

Dans l'escalier, je retins Julie par le bras pour lui glisser un "Bravo" discrèt qu'elle accepta en feignant l'évanouissement, le dos de la main nonchalamment posé contre son front. Elle se moquait en fait d'avoir surpris chez moi une once de réconnaissance. Lorsque je compris son manège amusé, je pense avoir été tenté par un sourire que je parvins à contenir in extremis. Au pire, elle aura surpris une fossette au coin de ma bouche, l'honneur était sauf !

K. - Julie, une fois la haut, tu mèneras la discussion avec Short. Vas-y mollo vec lui, il est du genre susceptible, tu t'en rendras vite compte.
J. - Alors, ce serait plutôt à toi de te montrer calme. Que je sache, c'est pas moi le muffle ici !

Bien sûr, elle n'avait pas tort mais elle ne connaissait pas toute l'histoire non plus et je craignais qu'elle finisse par balancer l'une ou l'autre connerie qui aurait mis la puce à l'oreille de Short. Après tout, personne ne savait qui il était et ce qu'il faisait là. Son balais ne voulait pas dire qu'il n'était QUE nettoyeur ! Pour ma part, j'étais de plus en plus convaincu que cette cave était au coeur du système que nous cherchions à percer.

E. - "Je n'ai que 12 minutes devant moi, 13 au maximum", lança Short qui était arrivé dans la cuisine.

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17/02/2006

 Edgar

Là, au milieu de la pièce, à trois mètres de nous à peine, se tenait un homme minuscule penché sur un balais à poils durs. Il continuait de s'agiter sans faire le moindre cas de Paul et moi, bouches bées, incapables de sortir le moindre son. L'homme ne devait pas dépasser le mètre quarante-cinq sans pour autant avoir la morphologie disproportionnée d'un nain. Ses bras étaient équipés de petits muscles fermes et rapides, des bras qui bossaient dur depuis longtemps, ça se voyait tout de suite. Il avait une manière de se déplacer très particulière, glissant les semelles de gauche à droite sans jamais les décoller du sol, tout en légèreté, comme un petit overcraft silencieux. Seul le balais au sol, imperturbable, dérangeait un silence médusé. Mais on allait pas rester comme ça des plombes :

k. - Bonsoir, vous êtes la personnes qui nettoie ici ?
Le petit. - ...
k. - Excusez-moi, vous parlez français ?
Le petit. - oui
K. - Donc vous parlez, bien. C'est vous qui faites le ménage ici alors ?
Le petit. - A ton avis ? J'ai l'air de faire quoi là ?

Je me retournai vers Paul :

K. - Wow, pas commode, Joe Toutcourt.
P. - Vous pensez qu'il s'appelle vraiment ...
Le petit. - Je m'appelle Edgar Short, ça pose un problème ?
K. - Pas mal pour un premier essai...
E. - Bon, maintenant qu'on s'est bien marré, va falloir penser à vous tirer, j'ai du boulot moi.

Je retrouvais progressivement mes esprits. Le petit, Edgar, me faisait plutôt une bonne impression même si je devinais que Paul ne partageait pas mon avis. Fallait bien avouer qu'il avait tout du caractériel de base avec, en prime, quelques complexes sérieusement installés qui le rendaient extrêment agressif puisque vulnérable. En dépit de cette deventure peu engageante, j'étais certain qu'il avait des choses à nous apprendre. Il n'appartenait visiblement pas à "Clean'em all", la boîte de maintenance qui s'occupait de la propreté de tout l'immeuble. Il avait donc été engagé directement par notre executive board, ce qui signifiait qu'il devait savoir. Peut-être pas tout mais nous n'allions pas tarder à être fixés...
A ce moment là, Julie se pointa :

J. - Et voilà le café !
J. - Hé, c'est quoi lui ?
K.- Lui, c'est Edgar, Edgard Short !

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16/02/2006

 en route vers la cave

Pendant que Julie préparais le café, je proposai à Paul de m'accompagner jusqu'à la porte de la cave. Je n'étais pas absolument certain que Sandrine avait déjà quitté le bureau. A vrai dire, je n'étais même pas du tout sûr qu'ils n'étaient pas encore plusieurs là-dessous. C'était une manière de vérifier sans mettre Sandrine dans l'embarras au cas où on l'aurait trouvée en plein ... entrainement, disons.

Paul n'était déjà pas très rassuré au départ.

P.- Est-ce qu'on est pas en train de risquer nos carrières là ?
K.- Il y a un risque, c'est vrai. Mais bon, tu peux toujours arrêter ici et remonter si tu veux. Après tout, tu la verras bientôt cette cave !
P.- Vous étiez sérieux ? Vous pensez vraiment qu'ils vont m'envoyer bosser près de Sandrine juste pour que le nouveau, je veux dire l'Américain vienne me bai...
K.- J'en ai bien l'impression Paul. Mais, très sincèrement, je n'imaginais pas que ça t'ennuierait à ce point.

En descendant vers la porte de hêtre, je remarquais une odeur inhabituelle, un parfum plutôt raffiné. Voilà, on aurait dit une sorte de pot pourri haut de gamme, diffusant une odeur identique mais un peu plus noble que les pots pourris traditionnels. En outre, les marches de l'escalier étaient d'une propreté rare, comme si personne n'était passé ici depuis de la journée, ce qui était rigoureusement impossible. A quelques mètres de la porte, Paul me prit le bras, par derrière.

K.- Quoi ?
P.- Ecoutez... A l'intérieur...
K.- Je n'entends rien
P.- Si, comme un frottement sur le sol, un balais ou quelque chose comme ça

Paul murmurais, je voyais bien qu'il crevait littéralement de peur. Je ne savais plus trop s'il me tenait le bras ou bien s'il m'extirpait de ma marche pour me faire remonter plus vite vers la cuisine. Au bout de quelques secondes, j'entendais clairement comme un balais, oui. Le bruit venait de la cave, à l'intérieur, il me restais un mètre avant d'arriver à la porte, je le fis et ouvris la porte d'un coup.

P.- Oh !
K.- Putain, t'es qui toi ?

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06/02/2006

Le parking

Je suis arrivé sur le parking peu après 19h. Je fais partie des gens qui sont toujours ponctuellement 15 minutes en retard partout mais, cette fois, je ne pouvais pas prendre le risque d'énerver mes invités. S'ils m'avaient planté là, j'aurais eu l'air fin. Je les ai retrouvé dans un coin peu éclairé du parking, exactement à l'emplacement que je leur avais indiqué. Ils me regardaient avancer sans parler. Je savais que Paul en savait plus que Julie sur la situation, je me doutais qu'il l'avait mise au parfum en m'attendant. Ce qu'ils ignoraient encore, c'est ce que j'attendais d'eux.

- Bonsoir, merci d'être resté.

Je commençais d'un ton posé, rassurant, je n'oubliais pas l'état dans lequel Paul avait quitté mon bureau cet après-midi.

- Je voudrais vous montrer quelque chose.

Je marchais vers les escaliers qui reliaient cette partie du parking au couloir du rez-de-chaussée, celui qui nous mènerait à la cuisine. Derrière moi, j'entendais les pas de mes deux collègues, juste les pas, pas un bruit ne les accompagnait. Je les sentais tendus. En se mettant en marche, Julie avait essayé une vanne qui avait lamentablement échoué à faire rire. J'avais fait un effort surhumain pour ne pas soulever le caractère extrêmement pathétique de la situation ; ces gens qui n'ont d'autres réflexes que l'humour pour se sortir de plans délicats comme ceux-ci, il ne m'en fallait pas plus pour m'énerver. A croire que le silence est une vertu inaccessible pour la plupart d'entre nous. Nous étions presque à la cuisine

K. - Asseillons-nous instant.
J. - Je vais faire du café...

C'est con hein mais il suffit qu'une femme propose de faire du caffé ou un truc dans le genre, qu'elle entre dans un rôle domestique pour que je perde mes moyens pendant un moment. C'est vrai quoi, boire un café à 19h30, je vois pas l'intérêt. Après tu pues des dents et t'as le coeur qui galoppe pendant deux heures, ça m'a toujours emmerdé. Mais là, proposé comme ça, j'te l'aurais presque demandée en mariage. Heureusement, la vie m'a appris qu'on a beau avoir un faible pour les fées du logis, c'est rarement une bonne idée de le leur signifier tel quel. Les femmes exigent des hommes une finesse qui les condamne à l'hypocrisie...

K. - Du café ? Bonne idée ça !

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03/02/2006

Convaincre Paul

- Dis-moi Paul, que sais-tu de nos patrons ?
- De qui ?
- De nos patrons, les gens un peu... Les gras du quatrième étage quoi !
- Ben ce sont nos patrons... je n'en sais rien. Vous avez le droit de me retenir dans votre bureau comme ça ?
- Doute même pas de mes droits, fiotte, et réponds : "Tu sais quoi de ce 4ème étage ?"- Mais rien, bordel, je bosse au troisième comme vous, moi. Et puis c'est quoi cet interrogatoire ? Laissez moi me casser d'ici ou je gueule... vous n'avez pas le dr...
- Hopopop ! Je n'ai pas le quoi ? Paul, tu me déçois beaucoup ma grande. J'aurais pas du te donner l'impression d'être si zen aujourd'hui, tu la joues un peu trop cool à mon goût. Alors je vais durcir un peu le ton puisque c'est ce que tu sembles vouloir.
- Ecoutez, K., je ne comprends pas. Vous disiez avoir besoin de moi et vous me posez des questions auxquelles je ne comprends rien, vous me terrorisez parce que vous vous savez supérieur à moi...
- Supérieur ? T'as pas peur de l'euphémisme toi !
- Dites-moi, c'est quoi le problème ? Qu'est-ce que je peux faire pour en finir ?

Voilà, j'y étais enfin. Paul était à mes pieds, prêt à vendre sa mère ou sa chaire pour en finir, pour regagner le droit de passer sa petite journée de merde le cul au chaud sur sa chaise, loin de moi, le plus loin possible. Je n'étais pas particulièrement fier de ma méthode mais je me réjouissais du résultat et de la relative facilité avec laquelle j'étais arrivé à mes fins. Là, comme je le voyais, il aurait tout accepté, même le pire. Une seule chose devait encore changer : il allait devoir remplir son rôle par envie et non pas par crainte de mes représailles. Ce n'était pas encore pour tout de suite mais j'avais bon espoir. Bon, finissons-en.

- Voilà qui est très bien Paulette, je peux t'appeler Paulette ?
- Je préfère pas !
- Je m'en doute bien, c'était une plaisanterie

Subitement, une frayeur : "K., mec, t'es en train de te choper l'humour de boss ! Réagis bordel ! "

- Bon Paul, voici le topo :

Je lui ai expliqué toute l'histoire depuis le début mais en le ménageant un peu cette fois. Lorsqu'il a su pour Sandrine, ses yeux se sont ouverts très grands. Je me suis dit que c'était bon signe. Il fallait qu'il se sente concerné personnellement pour être efficace dans sa mission. Je ne doutais pas que ce type soit doté des plus extrême capacités d'empathie. Je voulais qu'il s'identifie à Sandrine, qu'il la plaigne et se mette en tête de la sauver. Je titillais donc les éclats d'idéalisme que sa nature sensible avait préservés, je les mordillais du bout des dents et m'amusais de le voir compatir, grimaçant à mesure que je lui révélais quelques détails : la manière dont ils, nos suppérieurs rougeaux, s'amusaient avec Sandrine, l'utilisation scandaleuse qu'ils faisaient de son corps, la manière dont nous, les petits, nous faisions dominer par eux et leur organisation sans faille... Et, durant tout ce temps, je me concentrais pour garder le meilleur pour la fin, comme une conclusion qui finirait de le convaincre :

- Connais-tu M. Hotjuice, Paul ? Je ne crois pas que tu le connaisses, non. Mr. Hotjuice est américain, il a été engagé ici il y a peu de temps, un peu après l'excursion de Sandrine au sous-sol. Il est consultant ici, il travaille juste au-dessus de nous, au 4ème. On dit que les récentes orientations de la Boîte - je parle de la "promotion" Sandrine et du reste que nous allons découvrir - l'ont beaucoup intéressé. Enfin, en principe plus qu'en pratique... parce que Mr. Hotjuice, vois-tu Paul, il est gay ! Et quelque chose me dit qu'il va bientôt avoir envie de se détendre. A propos, savais-tu qu'ils agrandissent la pièce de Sandrine ? Ils parlent d'y installer une autre personne, un garçon d'après mes infos...

- Sois à 19h sur le parking ! Je vous rejoindrai.

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02/02/2006

RESUME DES EPISODES PRECEDENTS

Moi, c'est K., Je bosse à "la Boîte", une grosse entreprise de com' ou un truc dans le genre. Mon chef s'appelle Boss, c'est comme ça qu'il faut l'appeler, essayez même pas de faire l'original avec lui, vous le regretteriez. Mon problème majeur, avant que cette putain d'histoire ne dérape, c'était les autres. Les autres en général, mes collègues principalement. Ce sont des êtres vides, creux et mesquins qui tentent, par des regards, des petits gestes, par tous les moyens, de vous associer à leur petitesse. Ca me fout hors de moi, j'en deviendrais grossier... ça arrive parfois. Mais je ne pense pas être xénophobe, ni homophobe d'ailleurs, même si Paul vous dira le contraire, c'est juste que moi, faut pas trop me chercher !

Tout a commencé quand Sandrine s'est faite virer. Enfin, on l'a envoyée bosser à la cave. Personne, bien sûr, n'a posé de question. Les questions, c'est pour Boss uniquement. J'avais pris l'habitude de rendre visite à Sandrine quelques fois par semaine. On baisait en vitesse, la seconde cave était plus ou moins aménagée et j'avais laissé là quelques jouets plutôt marrants. Ca me détendait et je ne crois pas que ça ennuyait vraiment Sandrine.

Un jour, j'ai découvert que Boss aussi se tapait Sandrine, ainsi que tous les mini-bosses du 4ème étage. Boss m'a clairement fait comprendre que Sandrine était la chasse gardée de l'élite, c'est-à-dire ceux du 4ème. La hiérarchie de la Boîte est simplissime : 1er étage : les taches, les bons à riens, les salaires ingrats... Puis la fonction s'améliore avec l'altitude. Moi, je suis au fond du troisième étage, l'avant-dernier. Disons qu'à mon étage, je suis une sorte de roi, tant que Boss n'apparaît pas. Mais je sais que je n'accéderai jamais au dernier étage, à cause de mon caractère, de mes humeurs. Faut dire que je ne suis pas vraiment aimé ici. C'est le prix de mon intégrité.

Suite à l'histoire de Sandrine et des porcs du 4èmes qui se la gang bang(ent) à longueur de semaine, suite à quelques intuitions, j'ai compris que cette boîte cachait des pratiques allant bien plus loin que ça et j'ai voulu en savoir plus. Comme je ne pouvais agir seul, j'ai eu besoin d'associés. J'ai donc recruté. Julie fut la première et là, je m'attaque à Paul. Paul est PD, je l'ai déjà pas mal emmerdé avec ça, c'est pas sûr qu'il va marcher, il me hait. Mais j'ai pas le choix, cette fois j'ai besoin de lui, il doit accpeter.

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31/01/2006

Paul II

Nous étions assis, face-à-face, je laissais s'écouler quelques secondes avant de parler. Paul contenait tant bien que mal une envie rageuse de me crier son mépris, ses yeux brulaient le silence entre nous, c'était difficile de ne pas s'en apercevoir. En tous cas, il ne cachait pas son dégoût de se retrouver là. J'admettais à cet instant qu'il avait peut-être souffert plus que les autres de ma façon d'être. Je ne désespérais pas de resentir une pointe de compatissance, je devais bien en être capable après tout. Bon, difficile d'attendre plus longtemps, je sentais qu'il allait exploser or je devais parler le premier, le surprendre par un ton tiède et confident. Allez K, mon vieux, c'est le moment de prouver que t'es humain...

- Paul, je sais que tu te demandes ce que tu fais ici et je ne tiens pas à ce que tu poses des questions inutiles. Je ne t'ai pas appelé pour te faire subir une enième humiliation, je...
- Je peux savoir pourquoi, alors ?
- Ecoute, j'aimerais te proposer quelques chose ...
- Vous ? Me proposer quelque chose ? Faut-il que je vous rappelle que je suis "PD", comme vous aimez le préciser partout où vous passez.
- Je te demande de ne pas le prendre comme ça cette fois, Paul. Je reconnais avoir peut-être...
- ... Avoir été trop loin ? Franchement, vous reconnaissez ça ? Ben laissez-moi vous dire que je n'en ai vraiment rien à faire de votre petite confession matinale. Oui, vous avez été trop loin !
- Je l'admets enfin. Ne pense pas que c'est facile, pour moi, d'avoir à te dire ça...
- AH non, ça je vois, vous ramez un peu à vrai dire. On vous voit rarement aussi vulnérable, K., mais je dois vous avouer que ça me laisse froid. J'ignore quelle prise de conscience vous est tombée dessus cette nuit mais je trouve vos excuses pitoyables. Maintenant, je vais regagner mon bureau, vous me faites pit...
- Bon, fiotte, écoute-moi trèèèèèès attentivement. Je n'ai pas été décoller ton petit cul maniéré de sa chaise pour lui présenter des excuses. La seule raison pour laquelle tu es là est la suivante : j'ai besoin de toi pour un job un peu particulier. J'avais imaginé que l'on pourrait enterrer la hache de guerre le temps de ce boulot mais là, maintenant, c'est clair que j'en suis incapable. Je sais que tu me hais et que pour ça tu refuseras ma proposition mais laisse-moi te dire : ce job te sera utile autant qu'à moi, autant qu'à toute cette boîte. Ce n'est pas moi qui te demande un service, c'est toute cette putain d'entreprise, dont toi-même.
A ce moment-là, il s'est levé lentement, complètement retourné. Je crois qu'il avait fini par se sentir en confiance en me voyant m'aplatir devant lui. Je crois qu'il s'était mis à aimer ça et qu'il était progressivement rentré dans le personnage du redresseur de tort, il commençait à se faire justice lui-même et se surprenait à en retirer un plaisir sadique et intense. Rassuré, il s'était montré plus audacieux et n'allait pas manquer d'en arriver aux insultes... Ma dernière réplique venait de le couper en plein élan. Il n'était pas refroidi mais congelé sur place, ses doigts pianotaient dans l'air, cherchant je-ne-sais-quoi qui l'aurait aidé à retrouver une contenance. Choqué, il ne s'était pas encore complètement refermé sur lui-même, je devais insister, profiter de son trouble.

- Reste assis s'il te plaît, je vais être franc avec toi.

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30/01/2006

Paul

Paul s'est pointé vers 8h. Enfn, il est sorti de l'ascenseur vers 8h mais n'a rejoint son bureau que dix bonnes minutes plus tard. Paul, que vous compreniez bien, c'est le genre de mec à vous faire des détours de 30 mètres pour n'oublier de faire la bise à personne. Paul, il se marre. Oh, pas un sourire de crétin - enfin pas vraiment - plutôt le sourire timide du gars qui sait que les gens savent et respectent. Le PD qui en a chié pendant des années mais qui commence vaille que vaille à assumer. On sent le coming out tout récent dans sa démarche, il n'a pas encore totalement confiance mais il est sur le bon chemin et s'en rend compte. Il se découvre, il ne tardera pas à s'aimer, ça se voit. Je ne le quittais pas des yeux pendant toute sa ronde. C'est fou, ce mec a une façon de tendre la joue qui me fout mal direct. Il m'énerve, ça ne rate jamais. A tel point qu'il en aurait fallu très peu pour que je lache l'affaire et me mette à la recherche d'une autre fouineur. Mais je n'aurais jamais retrouvé un profil aussi parfait, presque du sur-mesure.

Quand il s'est assis, je l'ai encore regardé pendant quelques minutes, le temps qu'il se détende, qu'il se sente en sécurité derrière son écran, qu'il baisse sa garde, ce rictus apprêté. Je me suis levé et j'ai adopté une démarche souple et décontractée (je l'avais répétée mentalement en le regardant déambuler quelques minutes auparavant), j'ai ouvert ma porte en prenant soin de ne pas la refermer. Je continuais à avancer, calme. Je marchais vers son bureau sans pour autant foncer dessus, s'il avait levé la tête, il n'aurait pas pu se douter que c'était précisément lui que je venais voir. A quelques mettre de son bureau, j'ai ralenti et, posant la main gauche à plat près de son clavier, j'ai dit très posément :

- Peux-tu m'accompagner quelques minutes dans mon bureau s'il te plaît, Paul ?

Avant qu'il réponde, j'avais fait demi-tour en direction de ma pièce. Je me suis arrêté à la porte, je ne doutais pas qu'il me suivait à quelques pas, je voulais le laisser rentrer d'abord, qu'il se sente en confiance. Tout ça était éminemment précipité mais j'avais le sentiment d'avoir assuré à mort. J'étais particulièrement fier du timbre de ma voix au moment de l'aborder. Me reprenant aussitôt, je le laissais passer puis refermais la porte sans un bruit.

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27/01/2006

Interview 2

Avec Julie, je tenais assurément un bon élément. Je la voyais parfaite dans le rôle de l'organisatrice, sorte de back office de nos investigations à venir. Elle était organisée et concentrée, elle inspirait un respect immédiat et, pour cela, je comptais bien en faire mon second, ma main droite, ou même la gauche... on dit que c'est meilleur.

A ce stade, il me manquait un enquêteur. Je pensais que ce serait facile à trouver. Enquêter c'est avant tout être curieux, se renseigner, en faire toujours un peu plus, quoique l'on fasse, s'arrêter le dernier. Toutes ces qualités devraient être latentes chez chaque humain normalement constitué. C'est vrai quoi, sans curiosité, si ça se trouve, on resterait neuf putain d'années dans le ventre de nos mères, imaginez l'odeur. Sauf que, voyez-vous, un salarié dans une grosse boite de com', c'est pas construit exactement comme on pourrait l'espérer. La communication, en soi, n'exige pas de qualité et seulement très peu de connaissances. Communiquer, c'est jamais que trouver le moyen de faire avaler au plus grand nombre un message x. Quelque soit ce message, quelque soit la matière concernée, même sans le moindre intérêt... tant qu'il en génère. Un bon communicateur est sensé se passionner autant pour la nouvelle génération de dépilateurs féminin que pour l'essor des stock options en Zambie, sans état d'âme, sans préférence, sans goût. Ces mecs sont des fourre-tout, des sacs vides prêts à se faire bourrer à chaque occasion, à chaque nouveau contrat. Bref, question enquêteur, ça s'annonçait serré.

Puis j'ai eu une idée. L'autre PD là, l'espèce de grande conne qui a collé cette merde d'arc-en-ciel sur ma porte l'autre jour, il serait pas doué lui ? Un pd, par définition, c'est pas un peu fouille-merde, non ? Il me semblait que si. En plus, celui-là, avec une petite gueule ramassée sur elle-même mais légèrement profilée quand même, il avait un pur profil de fouine. C'est bien ça une fouine, ça fouille, ça se faufile, ça fait son coup puis ça se barre. Parfait. En plus, je le soupçonnais de dissimuler un véritable caractère de teigne, toujours sur la défensive, paré à mordre à vue, mesquin et farouche. Un croisement fouine - teigne, voilà un batard qui me convenait nickel. Bon, restait plus qu'à la trouver et la convaincre... C'est vrai qu'on part pas sur les meilleures bases tous les deux, nos derniers rapports étaient un peu tendus. Bon, faire un effort, lui montrer que je respecte sa diff... sa putain de différence.

C'était quoi déjà son prénom ? J'imaginais un nom mièvre, le genre de nom ambivalent, qui veut rien dire, que tu sais même pas si c'est masculin ou féminin : Michel(le); Dominique, frederic...

J'approchais de son bureau ; visiblement, il n'était pas encore là.- M'sieur K bonjour, z'auriez pas vu Paul par hasard ?

Ben voilà, en une question débile j'avais son putain nom, Paul. Bof, à vrai dire je n'en pensais rien. S'il y a bien un nom dont le monde entier se branle, ça doit être Paul.

- Si, il est dans les toilettes du fond. Il suce un stick usb, je crois qu'il t'attend.

Depuis mon bureau, j'attendais qu'il se pointe. Je n'aurais qu'à l'appeler sous un prétexte quelconque et lui exposer les faits. Je ne me faisais pas d'illusion, il allait refuser. C'est pourquoi je ne réléchissais pas tellement à ce que j'allais lui dire pour commencer mais plutôt à ce que je lui dirais après qu'il m'ait annoncé son refus. J'imaginais un plaidoyer en deux temps dont le second devrait impérativement faire mouche. J'allais devoir jouer en finesse, peut-être même lui offrir mon amitié, voire mon respect, enfin ce genre de conneries quoi. M'en fous, j'ai toujours eu la conscience très souple...

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11/01/2006

Julie

La première personne sur ma ma liste était une fille dont je ne connaissais pas le nom. Elle travaillait à l'autre bout de l'étage et je ne l'apercevais qu'en me rendant à l'ascenseur. Le genre libérée, sans doute un peu grande gueule mais je la voyais mal en défenseur acharnée de la cause féminine, ce qui avait plus de poids à mes yeux qu'à n'importe quels autres. En outre, elle était plutôt mignonne et moi plutôt seul, je jouais la carte "une pierre, deux coups".

Elle est arrivée d'un pas assuré, je ne l'ai pas quittée des yeux pendant les 20 mètres qui séparaient son bureau du mien. Cependant, je lisais clairement dans son regard une curiosité inquiète, elle devait me connaître de réputation.

- Bonjour, je suis K, merci d'être passée me voir.
- Bonjour, moi c'est Julie, je peux vous aider ?
- Peut-être. Ouais, euh, tu me connais sans doute un peu, tu as du entendre pas mal de choses plutôt dégueulasses sur mon compte. Que ce soit bien clair, la plupart des rumeurs me concernant sont vraies, je suis effectivement quelqu'un d'antipathique. J'ai mes raisons à cela mais les exposer m'explose le dard alors, voilà, on va y aller cash, sans détour, tu me suis ?
- Ben, oui...
- Bon. Depuis combien de temps es-tu ici ?
- Je suis arrivée il y a six mois.
- Et tu n'as rien remarqué d'anormal ou d'étonnant depuis six mois ?
- Pas vraiment, on m'a tout de suite prévenu de ne pas faire attention à vous. On dit que vous êtes..
- Je m'en fous complètement, c'est clair ? Apparemment, donc, tu n'as donc rien vu de choquant ici depuis six mois. Que dirais-tu si je t'apprenais qu'en réalité cette boîte dissimule certaines pratiques scandaleuses ?
- Comme quoi ?
- Peu importe pour l'instant.
- Je ne sais pas, c'est une drôle de question...
- Oui, je sais. De toutes façons, avant de t'en dire davantage, j'ai besoin de te connaître un peu mieux, qu'est-ce que tu peux me dire de toi ?

J'ignore si c'est parce qu'elle s'adressait à un supérieur hiérarchique mais elle s'est montrée plutôt bavarde. Julie est rousse, de taille moyenne, le bas du dos cambré, j'aime beaucoup ça. Elle a un nez fin mais pas long, une bouche franche sans être pulpeuse et une odeur discrète et plutôt masculine. C'était une psy qui n'avait jamais voulu pratiquer et qui s'était retrouvée ici à moitié par hasard et par nécessité. Personnellement, je n'ai jamais craché sur les psy. Pas par respect pour la profession, ça je m'en cale joyeusement, mais plutôt parce que tout ceux qui les critiquent - et il y en a - oublient totalement qu'il existe une race bien pire et bien plus inutile que les psy : les sociologues. Pour cette raison et parce qu'elle avait refusé de pratiquer, je ne la blamais pas. Je décidai donc de l'accepter et lui fixai rendez-vous en fin de journée dans le parking pour lui expliquer de quoi il s'agissait. Si elle désirait rentrer avec moi après, je prenais également.

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La sélection

7h20. Bagnole garée pile en face de l'entrée. Un rapide détour par la cuisine pour prendre un Red Bull et je me pressais jusqu'à la l'ascenseur menant directement et exclusivement au troisième étage. Une fois installé dans mon bureau, j'attrapai du papier et un crayon gras, j'allais dresser la liste de mes complices.

Très vite, je me suis aperçu que je ne connaissais réellement personne parmi mes collègues. Le fait d'avoir baisé quelques fois avec Lulu ne faisait pas d'elle la complice idéale. Pas plus que Michel, le maniaque du grattage de couilles que je scrutais en coin depuis plusieurs mois. Non, tout ça n'était pas sérieux, l'enquête que j'entendais mener dans cette entreprise ne serait un succès qu'avec une équipe valable. Il me fallait des gens compétents qui ne m'inspirent pas directement un profond dégoût, ce qui s'annonçait plutôt difficile.

Une idée me vint, j'allais procéder à un recrutement en règle. Premièrement, dresser la liste de profils intéressants. Ensuite, sélectionner les quelques meilleurs éléments suite à un entretien minutieux. J'allais offrir 5 minutes de mon temps à chacun des pré-selectionnés avant de délibérer et d'élire les trois meilleurs. Dans moins d'une heure, tout l'étage grouillerait de visages poisseux, de mines austères et de chuchottements inutiles, il fallait faire vite.

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06/01/2006

 

La nouvelle journée qui commençait allait être importante, je m'étais levé tôt, il fallait que je réfléchisse. La veille, je m'étais endormi, vautré sur le sofa, sans avoir touché à mes pâtes qui m'attendaient avec leur plus sale gueule ce matin. Une douche, un café, trouver mes clés et me casser. Un court break à la pompe, 43 litres de zout, un grills, une clope.
- Ca vous fait 41,40 €
- Ca vous fait mal ?
- Quoi ?
- Dire "S.V.P", ça vous perfore le fion de le dire ?
Le temps d'empocher la monnaie, j'avais fait quatre ou cinq pas quand quelque chose me choqua. Ok, j'avais une sale tendance à l'agressivité verbale. Mais je venais d'observer que, presque toujours, je la dirigeais contre les plus petits ou, plus exactement, vers les moyens, les pires et de loin ! Pas par lâcheté, seulement parce que j'ai toujours détesté détecter la petitesse dans un regard. Ce n'était pas le "SVP" manquant qui m'emmerdait, c'était les yeux de chien battus de la femme. Un autre lui aurait trouvé mille excuses : il est tôt, elle a un boulot de merde, t'es peut-être son 800ème client ce matin, elle a p't'être ses règles... Moi, je suis pas comme ça. Si elle aime pas son job, qu'elle change. Si elle a pas de diplôme, qu'elle se bouge le cul. Si elle est crevée, qu'elle dorme. Mais putain qu'elle ne concentre pas toute sa misère dans un regard pour mieux l'infliger au monde.
J'étais toujours énervé en montant dans la bagnole. Je ne pouvais pas m'empêcher de voir dans cette femme les tristes moules de mon 3e étages, le parterre de flans qu'il me faut traverser plusieurs fois par jours. Dans leurs regards, la même misère, la même petitesse, la même insatisfaction contre laquelle, depuis toujours, ils ne font RIEN ! J'en arrivais mentalement à l'éternel :"laisse tomber, tu te fatigues pour rien". Et puis, je me dis: "Si cette putain de boîte est structurée en 4 étages hermétiquement fermés sur eux-même et si je veux vraiment en savoir plus sur ce que s'y passe, ne va-t-il pas falloir que je fasse appel à certains d'entre eux ? Ne va-t-il pas falloir que je puisse m'appuyer sur l'un ou l'autre de ces horribles collègues ?"
L'idée me répugna d'emblée. Moi ? Devoir supporter leur néant béant ? Pas possible, même avec toute ma bonne volonté ! Pourtant, je ne voyais aucune autre solution. J'étais décidé à découvrir ce que l'on nous cachait et je n'avais aucune chance d'y parvenir seul. Il suffisait que quelqu'un me chope en train d'enquêter et j'étais viré sur-le-champ. Et je ne me faisais aucune illusion, mon renvoit n'aurait contrarié personne, bien au contraire. J'en étais là, condamné à me trouver quelques partenaires dans notre vivarium commun ! La sélection allait être difficile. Elle allait du moins exiger un effort considérable de ma part, les mains moites et crispées sur le volant l'attestaient.

17:03 Écrit par | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

 

J'ai quitté le bureau, il était déjà presque 22h. Je n'ai pas pu me mettre au boulot avant la fin de l'après-midi, plus perturbé que jamais par toute cette histoire. C'est seulement après une bonne heure de bagnole que le déclic s'est produit. Finalement, ce que je venais d'apprendre au sujet du 4e étage était scandaleux, ok, mais pas au point de m'obséder des heures. A l'exception de Boss, je ne connaissais personne de plus insensible à la misère que moi-même. Par conséquent, je ne voyais pas pourquoi ces sauteries encavées provoquaient une telle gêne en moi. J'appliquai donc une méthode personnelle très efficace en cas de perte de repère, le dialogue de moi à moi :

- Qu'est-ce que t'as encore ?
- Cette histoire des bosses qui s'envoient sandrine, je sais pas, ça me plombe le moral et je comprends pas pourquoi !
- Cette Sandrine, tu t'en branles n'est-ce pas ?
- Complètement.
- Bon, dans ce cas-là, qu'est-ce qui t'emmerde à ce point. Tu vas pas me dire que tu es pris d'une soudaine envie de justice ? Pas toi ?
- Rien à voir avec la justice... Ce serait plus de l'ordre de la revange.
- Te venger de qui ?
- Des pansus du 4e, de tout leur étage, de... Je ne sais pas. Je suis là, tranquille au 3e, entourés de QI de mollusques pendant qu'au-dessus... C'est comme s'il y avait autant d'entreprises que d'étages ici, ça tient pas debout. Pourquoi Boss ferait-il ça ? Quel bénéfice tire-t-il d'une structure pareille, sans la moindre communication ? Toutes les infos circulent horizontalement, jamais une seule n'a quitté son étage. 4 ascenseurs, un par niveau, c'est complètement irrationnel, dans quel but boss fait-il ça ?

16:02 Écrit par | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/01/2006

 

Deux heures à tourner en rond. Sur l'écran de l'ordi d'où me toisaient une bonne trentaine de mails, apparaissaient les phoques obèses du quatrième, tringlant Sandrine frénétiquement, tour à tour. Ils devaient tirer l'ordre de passage à la courte queue, la plus petite en premier. J'imaginais la sueur opaque tombant des fronts sur les panses tendues, les râles, l'odeur de cigare froid se mêlant à celle du foutre chaud. Peut-être même qu'ils étaient plusieurs à la fois, un ramoneur entouré de mateurs-branleurs hennissants. Et Sandrine ? Je l'imaginais docile, pas extrêmement démonstrative mais suffisamment chienne dans la cambrure des reins pour doper les ardeurs vicelardes de ses suppérieurs. Ca devait se passer assez vite, ils ne pouvaient pas tenir très longtemps, ce n'était jamais "qu'un p'tit coup vite fait bien fait". Suivaient quelques giclées d'eau sur le visage, deux sprays de déo et hop, retour au quatrième pour quelques heures de boulot en toute décontraction. J'étais certain d'une chose : ils prenaient leur pied ces enculés. Je sais de quoi je parle, je la connais la Sandrine.
On dit souvent que les mecs, s'ils étaient plus honnêtes, avoueraient préférer baiser des filles un peu moche que des canons de compet'. Baiser une moche, c'est pratique, on se fout un peu de la satisfaire. On se dit qu'elle a déjà bien de la chance qu'on accepte de la toucher, qu'on s'intéresse à son cul ! Son plaisir à elle est là, dans cette forme de reconnaissance, pas dans l'acte. Du coup, on peut fourrer à l'aise, sans état d'âme, sans se préoccuper de son plaisir à elle. Je savais que Boss avait choisi Sandrine pour cette raison. Quel intérêt pour lui de voir remonter ses cadres suppérieurs vide mais minés d'être infoutu de faire mousser une femme ? Aucun, c'est même pire que tout. Sandrine était un excellent choix, beaucoup trop parfait pour qu'il s'agisse d'un hasard. D'ailleurs, Boss ignore tout du hasard. Elle avait été choisie et engagée dans ce but, sauf qu'on ne pouvait pas directement la parquer au sous-sol. Il avait d'abord fallu lui assigner quelques tâches normales, le temps qu'elle s'adapte, qu'elle baisse sa garde. Le temps aussi que les porcs ventrus la calcule comme il se doit. Du regard d'abord, quelques effleurements ensuite et, quand ils furent tous sur le point de s'exploser le calbute, Boss avait pris les choses en main et avait eu une petite conversation avec elle. On connaît la suite. Je n'étais pas étonné que Sandrine ait accepté. D'abord, parce qu'il est vrai que certaines filles moches prennent ce genre de propositions pour des compliments mais surtout parce que Sandrine semblaient se foutre éperdument de ce genre de détails. C'était pas le genre de fille qui voue un culte à son corps. Et puis, j'imaginais qu'elle se chopait de temps un petit extra en cash, même moi ça m'arrivait de lui allonger un billet ou deux. Et croyez-moi, j'ai rien d'un bon chrétien.

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24/11/2005

 

12H10. Arrivé dans mon bureau, je me sentais différent. Quelque chose avait changé en moi durant cette dernière heure. Je ne ressentais plus de rage envers les enculés qui avaient osé coller le poster « Rainbows are gay » à ma porte. Ils auraient pu venir se dénoncer là, devant moi, je n’aurais sans doute pas bronché, trop absorbé sans doute par les dernières révélations de Boss. Sandrine était donc en réalité le jouet sexy des porcs lubriques du 4ème étage, leur putain privée. Et moi qui pensait les baiser tous à travers elle…

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15/11/2005

de la cave au quatrième ...

Le bureau de Boss est un monde en soi. Une déco agressive vous plonge immédiatement dans un inconfort dont il tirera profit tôt ou tard, vous le savez très bien. Je ne me suis pas assis parce que je connaissais le siège sur lequel il voulait que j'échoue, un système à ressorts qu'il avait méticuleusement sabordé, assurant aux fesses victimes d'aiguës piqûres propres à la déconcentration. Je restai debout, sans rien dire.- "Voyez-vous, K", triompha-t-il, "cette boîte, LA boîte, est le fruit d'années de sacrifices consentis par moi pour vous. Votre attitude pour le moins asociale, antipathique et trop souvent grossière, je vous le dis tout net, ne m'a jamais dérangé. Je pense même qu'elle instaure autour de vous une certaine méfiance, une crainte à votre égard qui me va parfaitement. Là n'est pas la question".Jusque là, rien de bien nouveau. Je savais que la haine que le reste de la boîte éprouvait à mon égard amusait beaucoup Boss dans la mesure où toute cette hargne, au moins, n'était pas dirigée contre lui. En prenant parti pour les autres employés de la boîte contre moi, Boss augmentait son capital sympathie auprès de ses sbires, ce qui l'arrangeait bien. - "Là où vous poussez un peu le bouchon, K, c'est lorsque vous vous immiscez dans ma vie souterraine. Vous me comprenez je suppose, mmh ? - "Vous parlez de Sandrine je crois"- "Exact. Je parle en effet de cette charmante Sandrine à qui j'ai proposé de tripler le salaire contre un allé simple en nos caves et un léger amendement de ses tâches"- "Mi-secrétaire, mi-pute c'est ça ?" - "Presque, pute-de-luxe serait plus juste ! Sandrine est en effet réservée au personnel supérieur, c'est-à-dire à tout ceux qui travaillent au 4ème étage. C'est en cela que vous me posez un problème, K. J'ignore totalement comment vous avez débusqué mon stratagème mais je sais pertinemment qu'il s'agit là clairement d'un défit à mon autorité".- "Ce serait du défit si j'avais été au courant de votre plan. Avant ce matin, je pensais être le seul à me taper Sandrine..."A ce moment précis, Boss éclata de rire. Comprenez-moi bien, il explosa presque littéralement à tel point que je ne savais dire s'il se forçait où si cet aveu naïf avait subitement réinstallé en lui le logiciel "gros rire fracassant" et par ailleurs parfaitement insupportable. Une grosse larme s'échappa d'abord de l'oeil gauche, puis du droit. Je décidai de me diriger vers la porte, pas spécialement pour m'en aller - je savais que nous n'allions pas en rester là - mais j'espérais qu'il revienne à lui. - "Ne bougez pas d'ici" parvint-il à hoqueter.- "Je peux revenir quand vous aurez fini si vous voulez ?" osais-je tout en me tenant sur mes gardes. Boss avait la main légère et tous les bibelots disposés autour de lui étaient autant de projectiles en puissance, des petits missiles au bout affûté, choisis par lui en fonction de leur propension au vol plané.- "Décidément, vous ne m'avez pas habitué à une telle naïveté, K, mais je veux bien vous croire. Soit, finissons-en. Vous devez comprendre qu'il est inadmissible qu'un employé du troisième étage jouisse des mêmes privilèges que ceux du quatrième, ceci ruinerait de facto notre foi commune dans la hiérarchie et menacerait l'équilibre global de la boîte. Vous suivez ?"- "Je crois, oui. Soit je suis promu, soit j'me branle, correct ?"- "Ah, je vous retrouve K, vif et pertinent comme avant. Ceci dit, vous savez comme moi que vous avez très peu de chance d'atteindre le 4ème un jour pour d'évidentes raisons de tempérament. Vous n'êtes aimé de personne ici, ce n'est pas un secret. Nous savons tous les deux que l'accès au 4ème n'est qu'une question de manière, de tact et d'appui de votre hiérarchie. Ce qui, dans votre cas, reviens à dire JA-MAIS ! A l'occasion, je vous présenterai une amie, ça compensera. Allez, sauvez-vous, vous avez déjà perdu votre matinée, faudrait pas non plus que votre travail en pâtisse hein !"J'ai ouvert la porte et suis sorti. Dans le couloir, j'ai marqué un temps d'arrêt. Le temps de remarquer que sur les 5 bureaux du 4ème étage, trois étaient vides. Midi était encore loin pourtant. Je ne poussai pas la réflexion plus loin et avançai vers l'accès aux escaliers, effrayé d'avoir à partager l'ascenseur.

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18/10/2005

 

Michel s'est retourné, la queue molle, vers la sortie de la cave. Je m'en sortais plutôt bien. Finalement, la hiérarchie a du bon : quoi qu'il arrive, le troisième étage aura toujours l'ascedant sur le second et le premier, c'est rassurant. J'appelai Sandrine aussi discrêtement que possible. Inutile de crier, son bureau se trouvait juste derrière la porte qu'elle pouvait ouvrir en tendant le bras, sans même se lever. Aucune réponse pourtant. A ma connaissance, Sandrine ne quittait jamais sa cave sauf avec moi pour ce que vous savez. Ou bien le soir, pour rentrer chez elle. Soudain, un bruit que je reconnus : la porte de la dernière cave, mon repère ! Passé un certain angle d'ouverture, la porte frottait contre le sol et grondait sèchement. Sandrine était là, elle circulait ... Elle n'état pas seule. Une autre voix, une voix mâle, accompagnait la sienne. Avant que je saisisse le danger, avant que je ne retire mon oreille de la porte close, celle-ci s'était ouverte d'un coup et mon oreille, suivie de ma tête, était venue s'arrêter sur le torse de ...- "Boss ?"- "Bon dieu mais qu'est-ce que vous foutez ici vous ?" beugla-t-il- "J'essaie d'élucider la question de la photo sur ma porte de bureau. Je me de disais que peut-être Sandrine aurait..."- " Que voulez-vous qu'elle en sache, Sandrine ? Elle est à 4 étages de vous, pauvre con."- " Vous avez raison"- "Allez, dégagez d'ici et remettez-vous au boulot"Tout en me fixant sévérement, il fit une légère flexion des genoux tout en agrippant sa ceinture des deux mains. Il se redressa d'un coup en tirant sur son froc. De la main gauche et en un seul geste, il remit de l'ordre dans son caleçon avant de se retourner vers Sandrine, sans doute pour lui signifier qu'il s'en allait lui aussi. Je suis remonté dare-dare, bien moins choqué par la froideur habituelle de boss que par ma surprise de l'avoir trouvé chez Sandrine.Arrivé dans mon bureau, j'étais toujours pénétré par la vision de Boss. Ma réflexion s'affinait. "Putain, cet enculé s'envoit Sandrine. Si ça se trouve, c'est uniquement pour la baiser tranquille qu'il l'a descendue à la cave." Le boss a genre 45 ans, il est marié, il se dégarnit un peu sur le sommet du crâne mais il est resté athlétique. En tant qu'homme, il est imbuvable, prétentieux, agressif et terriblement condescendant. Par exemple, "Boss", c'est son idée, c'est lui qui impose que toute la boîte l'appelle comme ça. Le mec est riche à millions, il a trop peu de temps pour utiliser sa thune, trop d'orgueil pour ne sauter que sa propre femme, trop d'appétence pour le pouvoir pour se priver d'en jouir à tort et à travers. - "Boss te demande"Une tête de con toute rousse s'était glissée dans mon bureau, le corps étant toujours dans le couloir.-"Dis-moi, demi-couille, on t'a jamais dit de frapper avant de venir imposer ta sale face chez les gens ?"- "Excusez-moi, Monsieur K., mais je pense que c'est assez urgent, j'ai oublié de..."- "C'est bon, j'y vais".Putain de journée. 11h40, j'ai toujours pas ouvert le moindre mail. Je vais encore en avoir pour des plombes ce soir avant de me tirer d'ici. "Bon, qu'est-ce qu'il me veut encore?".Retraversée de la grande salle des bureaux sous les regards ricanants des fourmis, ouvrières dociles d'un patron dont elles ignorent tout ou presque. "Tas de zonas !". A 5 mètres, j'entendis murmurer, je me retournai et fixai au hasard un jeune type à l'homosexualité ostensible. "T'as dit quoi, suceuse ?" j'ai fait. -"Que vous étiez pas obligé d'être aussi désagréable avec tout le monde, on est des humains vous savez". - "Ecoute moins bien attentivement connard, je ne suis pas désagréagle, je suis seulement douloureusement importuné par la misère de vos visages, de vos vies, de vos préoccupations microscopiques. Je suis hérissé devant l'absence totale de lueur dans vos regards et, finalement, je m'émiette en constatant la tristesse de votre humour". Je ne le laissais pas répondre :"De plus, toi et ta bouche à pipe, je vous soupçonne d'être liés à la consternante plaisanterie du jour, je me trompe ?" - "Quelle plaisanterie, l'arc-en-ciel ?" - "tu en vois une autre?" - "Non, je ne vois pas. Et je n'ai pas la moindre idée de qui..." - "Ta gueule"Je me suis remis en marche avec la conviction que ce merdeux en savait bien plus qu'il ne voulait le dire". J'arrvais au 4ème, chez Boss. Je m'apprêtais à frapper :-"Entrez ! Asseyez-vous là ! Prenez un café ! Et taisez-vous nom de dieu !" Bosse avait la pêche...

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17/10/2005

 

Jeudi 13/11 – 09 :11. Pas eu le temps d’écrire hier après ma descente au sous-sol. Pas eu le courage. Je n’ai pas vu Sandrine, j’ai vu pire, j’ai compris. Enfin. Je vous explique.Hier donc, je me suis levé, j’ai retraversé le champ de cons jouxtant ma planque, mon bureau, je me suis envoyé trois volées d’escaliers avant d’arriver dans le hall d’entrée. C’est chaque fois la même histoire : s’il n’y a personne au bureau d’accueil face à l’entrée, je n’ai qu’à filer vers la cave. Mais, s’il m’arrivait de croiser la moindre pouffiasse trop curieuse, le moindre connard en mal de conversation, il fallait toujours, du’une manière ou d’une autre, justifier ma présence si bas. Je m’astreignais par sécurité à trouver à chacune de mes excursions spéléologiques une excuse valable, un alibi quoi. La voie semblait libre, je m’engouffrais dans le couloir austère vers la cuisine secondaire, à l’extrémité gauche du bâtiment, cuisine depuis laquelle j’accédais à la cave par une porte mal ajustée et une nouvelle chiée de marches raides. Personne dans la cuisine, « tant mieux, je pourrai réutiliser mon alibi demain ou après » pensais-je. La porte a grincé, je me suis faufilé vers le trou noir, j’ai refermé puis marqué un temps d’arrêt. « Putain de stress, putain de culpabilité ». A chaque fois c’était pareil, le même sentiment de gêne, la même conviction d’être fidèle à ma nature discutable mais d’aggraver sensiblement mon cas par ces aventures souterraines. « Rien à branler », je reprenais rapidement le dessus. Pour arriver au bureau de Sandrine, il fallait d’abord s’acquitter des quelques marches traîtres, faire cinq ou six pas, frapper par principe à sa porte – c’est elle qui, un jour, m’avait demandé de me manifester de la sorte afin de ne pas la faire sursauter, or nous savions tous les deux que c’était précisément la raison pour laquelle j’étais là. - , l’ouvrir et, d’un sourire radieux, l’inviter à rejoindre l’autre cave, L’autre cave. J’allais arriver à la porte quand une tache anthropomorphe se détacha de l’obscurité. J’étais repéré, inutile de faire demi-tour, mon alibi allait servir. - « Qui est là ? » j’ai lancé avec une certaine assurance dans la voix.- « C’est Michel, la porte est fermée. Je pense que Sandrine est euh… occupée »- « Michel comment ? Qu’est-ce tu fais là ? »- « j’avais une pile de documents à remettre à Sandrine mais je repasserai. D’ailleurs, c’est con mais je m’aperçois que j’ai oublié mes documents sur mon bureau »- « Sérieux ? »- « Oui, je file les récupérer, je les descendrai plus tard » toussota-t-il.- « Dis-moi, Mich’, tu saurais pas par hasard qui est le gland derrière le coup de l’arc-en-ciel sur ma porte ? »- « Aucune idée. Tu sais bien, je bosse au second et je suis pas trop au courant de ce qui se passe ailleurs »- « Ouais, je vois ! »

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12/10/2005

 

mercredi 12 octobre, 11h22.Mon réveil m'a nié ce matin. Rien, pas un bruit, exactement comme s'il avait choisi de me faire dormir enfin un nombre d'heures décent. Moi j'me suis pas plaint. J'ai appelé Boss pour lui faire le topo, genre le gars pris de court qui met 10 couches épaisses de bonne volonté dans ses intonations pour être sûr que son immense contentement passera inaperçu. Il a dit : "tu as trente minutes". 50 minutes plus tard, j'ai éclaté le pare-choc de ma collègue J. en essayant un créneau à l'aveugle. (Oui, il m'arrive souvent de compliquer un peu les gestes trop quotidiens afin de continuer à prendre un certain plaisir à les faire. Les créneaux devant l'entrée de la boîte sont un exemple. Tous les jours la même rotation de la colonne, le même mouvement brusque du bras droit afin de positionner ma caisse dans l'axe du trottoire, ... Plein le dare, moi, de ces trucs immuables. Bref, j'avais plus d'une heure de retard en me pointant sur le pallier du troisième étage, à 5 centimètres à peine de Boss qui a sorti son regard le plus réprobateur de la saison pour l'occase. "B'jour tout l'monde", tout en traversant le champ de bureaux qui me séparait du mien. Sur ma porte, je distinguais une photo cachant la plaque métalique à mon nom. Une photo d'arc-en-ciel. Dessous, il était mis : "rainbows are gay". - "Ouais, je vois. C'est qui le fils de pute qui s'est amusé ici ce matin" ? J'ai dit. ET puis, " Putain c'est quand même pas possible d'être aussi con. J'ai l'air d'un pd ? Oh, les connards j'vous cause là, j'ai l'air d'un pd ? Putain, Lulu me dit pas que t'es dans ce coup-là ma pute, parce que si y en a bien une qui sait que j'ai rien d'une tantouze c'est toi, et t'as jamais eu à t'en plaindre ! Alors, tu m'réponds ? C'est qui la fiante qui est derrière cette petite mise en scène d'attardé ?"Sérieux, le bureau c'est vraiment l'endroit où y faut pas plaisanter avec ce genre de trucs. Ca vous colle à la peau comme une étiquette sur la gueule, genre marque indélébile, et tous les cons autour de vous, ils vont plus jamais arrêter de vous associer à cette étiquette. Je les entendais ricaner. C'est débile mais pour eux, ce petit épisode constitue le sommet de leur journée, LE truc a raconter à table au soir, LE truc de fou qu'ils ont vécu. Sûr qu'ils finiront leur récit par : "'tain, y a pas à dire, j'ai une trop grave vie". J'avais pas encore allumé mon ordinateur mais déjà je sentais qu'il fallait que je me détende. "Sandrine ? " j'ai pensé. Comprenez-moi bien, c'est pas que je suis fan d'elle, de Sandrine, je crois que c'est purement par facilité. Je sais qu'elle est là dans sa cave, qu'elle s'emmerde sévère du matin au soir. Un jour elle m'a dit que son mec la trompait sans arrêt ; baiser avec moi lui donnait l'impression d'être moins dupe, moins victime. Perso, j'en ai rien à secouer de ses raisons, tant qu'elle en a et qu'elle réchigne pas. Puis, j'vous ai dit, elle est pas particulièrement jolie la Sandrine, faudrait pas qu'elle soit contraire en plus ! Ouais, je crois que je vais aller faire un tour en bas...

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11/10/2005

en route

mardi 11 octobre 2005, 16h44J'entends mon voisin de bureau se gratter les couilles. Je le sais parce que ce gars-là ne fait que deux choses sur sa journée : taper sur son clavier et, sitôt qu'il cesse de tripoter les touches, faire du bout de l'index le tour de ses deux boules. D'abord lentement, je pense que ça suscite quelques chatouillements chez lui car il se met automatiquement à glisser les fesses de droite à gauche sur sa chaise, comme pour réfréner l'excitation, comme pour se persuader qu'il peut la vaincre. Son index ne lui suffit pas longtemps, alors c'est à grand renfort de majeur et d'annulaire qu'il augmente le tempo, sort les ongles et inflige à son jeans une vigoureuse friction. Je le sais car je l'entend. Le jeans est une matière bruyante. Pour tout vous dire, je l'ai déjà vu faire. Je ne connais pas son nom, ça ne fait que sept mois qu'il est arrivé dans la boîte et je suis pas du genre à faire le premier pas aussi tôt. D'ailleurs, dans la boîte, personne ne se connait vraiment. Sauf le boss, il nous connaît tous je crois. Surtout les meufs, à part peut-être sandrine qui est trop moche. Elle, je crois qu'il l'a carrément oubliée.Sandrine bosse à la cave. Le boss a prétexté un jour qu'y avait plus assez de place dans les bureaux, que c'était la crise, qu'il fallait faire des sacrifices pour le bien-être de tous et la survie de la boîte. Il a dit plein d'autres trucs mais je n'écoutais déjà plus, les autres étaient distraits aussi. On s'est tous resaisi quand le boss a conclu à haute voix : "Donc sandrine, tu descends à la cave c'est clair ?" Il a refusé qu'on l'aide à descendre ses dossiers et ses meubles. Il n'a pas donné de raison. On est retourné à nos ordinateurs. Moi, ça m'arrive encore de croiser Sandrine quand je descends dans la troisième cave, celle où j'ai planqué une bonne grosse collection de magazines de cul. Rien que du lourd, et je me fous pas de votre gueule. POur y arriver, je dois passer devant elle. Alors il arrive que je lui dise quelques mots, même si le plus souvent on ne se dit rien, elle se contente de me suivre jusqu'à mon repère. Ca ne dure jamais longtemps, quelques minutes puis on remonte. Enfin, je remonte et elle reste en bas. Sandrine est pas très jolie, c'est la vérité, j'essaie toujours de ne pas rester trop avec elle.

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