18/10/2005

 

Michel s'est retourné, la queue molle, vers la sortie de la cave. Je m'en sortais plutôt bien. Finalement, la hiérarchie a du bon : quoi qu'il arrive, le troisième étage aura toujours l'ascedant sur le second et le premier, c'est rassurant. J'appelai Sandrine aussi discrêtement que possible. Inutile de crier, son bureau se trouvait juste derrière la porte qu'elle pouvait ouvrir en tendant le bras, sans même se lever. Aucune réponse pourtant. A ma connaissance, Sandrine ne quittait jamais sa cave sauf avec moi pour ce que vous savez. Ou bien le soir, pour rentrer chez elle. Soudain, un bruit que je reconnus : la porte de la dernière cave, mon repère ! Passé un certain angle d'ouverture, la porte frottait contre le sol et grondait sèchement. Sandrine était là, elle circulait ... Elle n'état pas seule. Une autre voix, une voix mâle, accompagnait la sienne. Avant que je saisisse le danger, avant que je ne retire mon oreille de la porte close, celle-ci s'était ouverte d'un coup et mon oreille, suivie de ma tête, était venue s'arrêter sur le torse de ...- "Boss ?"- "Bon dieu mais qu'est-ce que vous foutez ici vous ?" beugla-t-il- "J'essaie d'élucider la question de la photo sur ma porte de bureau. Je me de disais que peut-être Sandrine aurait..."- " Que voulez-vous qu'elle en sache, Sandrine ? Elle est à 4 étages de vous, pauvre con."- " Vous avez raison"- "Allez, dégagez d'ici et remettez-vous au boulot"Tout en me fixant sévérement, il fit une légère flexion des genoux tout en agrippant sa ceinture des deux mains. Il se redressa d'un coup en tirant sur son froc. De la main gauche et en un seul geste, il remit de l'ordre dans son caleçon avant de se retourner vers Sandrine, sans doute pour lui signifier qu'il s'en allait lui aussi. Je suis remonté dare-dare, bien moins choqué par la froideur habituelle de boss que par ma surprise de l'avoir trouvé chez Sandrine.Arrivé dans mon bureau, j'étais toujours pénétré par la vision de Boss. Ma réflexion s'affinait. "Putain, cet enculé s'envoit Sandrine. Si ça se trouve, c'est uniquement pour la baiser tranquille qu'il l'a descendue à la cave." Le boss a genre 45 ans, il est marié, il se dégarnit un peu sur le sommet du crâne mais il est resté athlétique. En tant qu'homme, il est imbuvable, prétentieux, agressif et terriblement condescendant. Par exemple, "Boss", c'est son idée, c'est lui qui impose que toute la boîte l'appelle comme ça. Le mec est riche à millions, il a trop peu de temps pour utiliser sa thune, trop d'orgueil pour ne sauter que sa propre femme, trop d'appétence pour le pouvoir pour se priver d'en jouir à tort et à travers. - "Boss te demande"Une tête de con toute rousse s'était glissée dans mon bureau, le corps étant toujours dans le couloir.-"Dis-moi, demi-couille, on t'a jamais dit de frapper avant de venir imposer ta sale face chez les gens ?"- "Excusez-moi, Monsieur K., mais je pense que c'est assez urgent, j'ai oublié de..."- "C'est bon, j'y vais".Putain de journée. 11h40, j'ai toujours pas ouvert le moindre mail. Je vais encore en avoir pour des plombes ce soir avant de me tirer d'ici. "Bon, qu'est-ce qu'il me veut encore?".Retraversée de la grande salle des bureaux sous les regards ricanants des fourmis, ouvrières dociles d'un patron dont elles ignorent tout ou presque. "Tas de zonas !". A 5 mètres, j'entendis murmurer, je me retournai et fixai au hasard un jeune type à l'homosexualité ostensible. "T'as dit quoi, suceuse ?" j'ai fait. -"Que vous étiez pas obligé d'être aussi désagréable avec tout le monde, on est des humains vous savez". - "Ecoute moins bien attentivement connard, je ne suis pas désagréagle, je suis seulement douloureusement importuné par la misère de vos visages, de vos vies, de vos préoccupations microscopiques. Je suis hérissé devant l'absence totale de lueur dans vos regards et, finalement, je m'émiette en constatant la tristesse de votre humour". Je ne le laissais pas répondre :"De plus, toi et ta bouche à pipe, je vous soupçonne d'être liés à la consternante plaisanterie du jour, je me trompe ?" - "Quelle plaisanterie, l'arc-en-ciel ?" - "tu en vois une autre?" - "Non, je ne vois pas. Et je n'ai pas la moindre idée de qui..." - "Ta gueule"Je me suis remis en marche avec la conviction que ce merdeux en savait bien plus qu'il ne voulait le dire". J'arrvais au 4ème, chez Boss. Je m'apprêtais à frapper :-"Entrez ! Asseyez-vous là ! Prenez un café ! Et taisez-vous nom de dieu !" Bosse avait la pêche...

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17/10/2005

 

Jeudi 13/11 – 09 :11. Pas eu le temps d’écrire hier après ma descente au sous-sol. Pas eu le courage. Je n’ai pas vu Sandrine, j’ai vu pire, j’ai compris. Enfin. Je vous explique.Hier donc, je me suis levé, j’ai retraversé le champ de cons jouxtant ma planque, mon bureau, je me suis envoyé trois volées d’escaliers avant d’arriver dans le hall d’entrée. C’est chaque fois la même histoire : s’il n’y a personne au bureau d’accueil face à l’entrée, je n’ai qu’à filer vers la cave. Mais, s’il m’arrivait de croiser la moindre pouffiasse trop curieuse, le moindre connard en mal de conversation, il fallait toujours, du’une manière ou d’une autre, justifier ma présence si bas. Je m’astreignais par sécurité à trouver à chacune de mes excursions spéléologiques une excuse valable, un alibi quoi. La voie semblait libre, je m’engouffrais dans le couloir austère vers la cuisine secondaire, à l’extrémité gauche du bâtiment, cuisine depuis laquelle j’accédais à la cave par une porte mal ajustée et une nouvelle chiée de marches raides. Personne dans la cuisine, « tant mieux, je pourrai réutiliser mon alibi demain ou après » pensais-je. La porte a grincé, je me suis faufilé vers le trou noir, j’ai refermé puis marqué un temps d’arrêt. « Putain de stress, putain de culpabilité ». A chaque fois c’était pareil, le même sentiment de gêne, la même conviction d’être fidèle à ma nature discutable mais d’aggraver sensiblement mon cas par ces aventures souterraines. « Rien à branler », je reprenais rapidement le dessus. Pour arriver au bureau de Sandrine, il fallait d’abord s’acquitter des quelques marches traîtres, faire cinq ou six pas, frapper par principe à sa porte – c’est elle qui, un jour, m’avait demandé de me manifester de la sorte afin de ne pas la faire sursauter, or nous savions tous les deux que c’était précisément la raison pour laquelle j’étais là. - , l’ouvrir et, d’un sourire radieux, l’inviter à rejoindre l’autre cave, L’autre cave. J’allais arriver à la porte quand une tache anthropomorphe se détacha de l’obscurité. J’étais repéré, inutile de faire demi-tour, mon alibi allait servir. - « Qui est là ? » j’ai lancé avec une certaine assurance dans la voix.- « C’est Michel, la porte est fermée. Je pense que Sandrine est euh… occupée »- « Michel comment ? Qu’est-ce tu fais là ? »- « j’avais une pile de documents à remettre à Sandrine mais je repasserai. D’ailleurs, c’est con mais je m’aperçois que j’ai oublié mes documents sur mon bureau »- « Sérieux ? »- « Oui, je file les récupérer, je les descendrai plus tard » toussota-t-il.- « Dis-moi, Mich’, tu saurais pas par hasard qui est le gland derrière le coup de l’arc-en-ciel sur ma porte ? »- « Aucune idée. Tu sais bien, je bosse au second et je suis pas trop au courant de ce qui se passe ailleurs »- « Ouais, je vois ! »

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12/10/2005

 

mercredi 12 octobre, 11h22.Mon réveil m'a nié ce matin. Rien, pas un bruit, exactement comme s'il avait choisi de me faire dormir enfin un nombre d'heures décent. Moi j'me suis pas plaint. J'ai appelé Boss pour lui faire le topo, genre le gars pris de court qui met 10 couches épaisses de bonne volonté dans ses intonations pour être sûr que son immense contentement passera inaperçu. Il a dit : "tu as trente minutes". 50 minutes plus tard, j'ai éclaté le pare-choc de ma collègue J. en essayant un créneau à l'aveugle. (Oui, il m'arrive souvent de compliquer un peu les gestes trop quotidiens afin de continuer à prendre un certain plaisir à les faire. Les créneaux devant l'entrée de la boîte sont un exemple. Tous les jours la même rotation de la colonne, le même mouvement brusque du bras droit afin de positionner ma caisse dans l'axe du trottoire, ... Plein le dare, moi, de ces trucs immuables. Bref, j'avais plus d'une heure de retard en me pointant sur le pallier du troisième étage, à 5 centimètres à peine de Boss qui a sorti son regard le plus réprobateur de la saison pour l'occase. "B'jour tout l'monde", tout en traversant le champ de bureaux qui me séparait du mien. Sur ma porte, je distinguais une photo cachant la plaque métalique à mon nom. Une photo d'arc-en-ciel. Dessous, il était mis : "rainbows are gay". - "Ouais, je vois. C'est qui le fils de pute qui s'est amusé ici ce matin" ? J'ai dit. ET puis, " Putain c'est quand même pas possible d'être aussi con. J'ai l'air d'un pd ? Oh, les connards j'vous cause là, j'ai l'air d'un pd ? Putain, Lulu me dit pas que t'es dans ce coup-là ma pute, parce que si y en a bien une qui sait que j'ai rien d'une tantouze c'est toi, et t'as jamais eu à t'en plaindre ! Alors, tu m'réponds ? C'est qui la fiante qui est derrière cette petite mise en scène d'attardé ?"Sérieux, le bureau c'est vraiment l'endroit où y faut pas plaisanter avec ce genre de trucs. Ca vous colle à la peau comme une étiquette sur la gueule, genre marque indélébile, et tous les cons autour de vous, ils vont plus jamais arrêter de vous associer à cette étiquette. Je les entendais ricaner. C'est débile mais pour eux, ce petit épisode constitue le sommet de leur journée, LE truc a raconter à table au soir, LE truc de fou qu'ils ont vécu. Sûr qu'ils finiront leur récit par : "'tain, y a pas à dire, j'ai une trop grave vie". J'avais pas encore allumé mon ordinateur mais déjà je sentais qu'il fallait que je me détende. "Sandrine ? " j'ai pensé. Comprenez-moi bien, c'est pas que je suis fan d'elle, de Sandrine, je crois que c'est purement par facilité. Je sais qu'elle est là dans sa cave, qu'elle s'emmerde sévère du matin au soir. Un jour elle m'a dit que son mec la trompait sans arrêt ; baiser avec moi lui donnait l'impression d'être moins dupe, moins victime. Perso, j'en ai rien à secouer de ses raisons, tant qu'elle en a et qu'elle réchigne pas. Puis, j'vous ai dit, elle est pas particulièrement jolie la Sandrine, faudrait pas qu'elle soit contraire en plus ! Ouais, je crois que je vais aller faire un tour en bas...

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11/10/2005

en route

mardi 11 octobre 2005, 16h44J'entends mon voisin de bureau se gratter les couilles. Je le sais parce que ce gars-là ne fait que deux choses sur sa journée : taper sur son clavier et, sitôt qu'il cesse de tripoter les touches, faire du bout de l'index le tour de ses deux boules. D'abord lentement, je pense que ça suscite quelques chatouillements chez lui car il se met automatiquement à glisser les fesses de droite à gauche sur sa chaise, comme pour réfréner l'excitation, comme pour se persuader qu'il peut la vaincre. Son index ne lui suffit pas longtemps, alors c'est à grand renfort de majeur et d'annulaire qu'il augmente le tempo, sort les ongles et inflige à son jeans une vigoureuse friction. Je le sais car je l'entend. Le jeans est une matière bruyante. Pour tout vous dire, je l'ai déjà vu faire. Je ne connais pas son nom, ça ne fait que sept mois qu'il est arrivé dans la boîte et je suis pas du genre à faire le premier pas aussi tôt. D'ailleurs, dans la boîte, personne ne se connait vraiment. Sauf le boss, il nous connaît tous je crois. Surtout les meufs, à part peut-être sandrine qui est trop moche. Elle, je crois qu'il l'a carrément oubliée.Sandrine bosse à la cave. Le boss a prétexté un jour qu'y avait plus assez de place dans les bureaux, que c'était la crise, qu'il fallait faire des sacrifices pour le bien-être de tous et la survie de la boîte. Il a dit plein d'autres trucs mais je n'écoutais déjà plus, les autres étaient distraits aussi. On s'est tous resaisi quand le boss a conclu à haute voix : "Donc sandrine, tu descends à la cave c'est clair ?" Il a refusé qu'on l'aide à descendre ses dossiers et ses meubles. Il n'a pas donné de raison. On est retourné à nos ordinateurs. Moi, ça m'arrive encore de croiser Sandrine quand je descends dans la troisième cave, celle où j'ai planqué une bonne grosse collection de magazines de cul. Rien que du lourd, et je me fous pas de votre gueule. POur y arriver, je dois passer devant elle. Alors il arrive que je lui dise quelques mots, même si le plus souvent on ne se dit rien, elle se contente de me suivre jusqu'à mon repère. Ca ne dure jamais longtemps, quelques minutes puis on remonte. Enfin, je remonte et elle reste en bas. Sandrine est pas très jolie, c'est la vérité, j'essaie toujours de ne pas rester trop avec elle.

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