06/01/2006

 

La nouvelle journée qui commençait allait être importante, je m'étais levé tôt, il fallait que je réfléchisse. La veille, je m'étais endormi, vautré sur le sofa, sans avoir touché à mes pâtes qui m'attendaient avec leur plus sale gueule ce matin. Une douche, un café, trouver mes clés et me casser. Un court break à la pompe, 43 litres de zout, un grills, une clope.
- Ca vous fait 41,40 €
- Ca vous fait mal ?
- Quoi ?
- Dire "S.V.P", ça vous perfore le fion de le dire ?
Le temps d'empocher la monnaie, j'avais fait quatre ou cinq pas quand quelque chose me choqua. Ok, j'avais une sale tendance à l'agressivité verbale. Mais je venais d'observer que, presque toujours, je la dirigeais contre les plus petits ou, plus exactement, vers les moyens, les pires et de loin ! Pas par lâcheté, seulement parce que j'ai toujours détesté détecter la petitesse dans un regard. Ce n'était pas le "SVP" manquant qui m'emmerdait, c'était les yeux de chien battus de la femme. Un autre lui aurait trouvé mille excuses : il est tôt, elle a un boulot de merde, t'es peut-être son 800ème client ce matin, elle a p't'être ses règles... Moi, je suis pas comme ça. Si elle aime pas son job, qu'elle change. Si elle a pas de diplôme, qu'elle se bouge le cul. Si elle est crevée, qu'elle dorme. Mais putain qu'elle ne concentre pas toute sa misère dans un regard pour mieux l'infliger au monde.
J'étais toujours énervé en montant dans la bagnole. Je ne pouvais pas m'empêcher de voir dans cette femme les tristes moules de mon 3e étages, le parterre de flans qu'il me faut traverser plusieurs fois par jours. Dans leurs regards, la même misère, la même petitesse, la même insatisfaction contre laquelle, depuis toujours, ils ne font RIEN ! J'en arrivais mentalement à l'éternel :"laisse tomber, tu te fatigues pour rien". Et puis, je me dis: "Si cette putain de boîte est structurée en 4 étages hermétiquement fermés sur eux-même et si je veux vraiment en savoir plus sur ce que s'y passe, ne va-t-il pas falloir que je fasse appel à certains d'entre eux ? Ne va-t-il pas falloir que je puisse m'appuyer sur l'un ou l'autre de ces horribles collègues ?"
L'idée me répugna d'emblée. Moi ? Devoir supporter leur néant béant ? Pas possible, même avec toute ma bonne volonté ! Pourtant, je ne voyais aucune autre solution. J'étais décidé à découvrir ce que l'on nous cachait et je n'avais aucune chance d'y parvenir seul. Il suffisait que quelqu'un me chope en train d'enquêter et j'étais viré sur-le-champ. Et je ne me faisais aucune illusion, mon renvoit n'aurait contrarié personne, bien au contraire. J'en étais là, condamné à me trouver quelques partenaires dans notre vivarium commun ! La sélection allait être difficile. Elle allait du moins exiger un effort considérable de ma part, les mains moites et crispées sur le volant l'attestaient.

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