30/01/2006

Paul

Paul s'est pointé vers 8h. Enfn, il est sorti de l'ascenseur vers 8h mais n'a rejoint son bureau que dix bonnes minutes plus tard. Paul, que vous compreniez bien, c'est le genre de mec à vous faire des détours de 30 mètres pour n'oublier de faire la bise à personne. Paul, il se marre. Oh, pas un sourire de crétin - enfin pas vraiment - plutôt le sourire timide du gars qui sait que les gens savent et respectent. Le PD qui en a chié pendant des années mais qui commence vaille que vaille à assumer. On sent le coming out tout récent dans sa démarche, il n'a pas encore totalement confiance mais il est sur le bon chemin et s'en rend compte. Il se découvre, il ne tardera pas à s'aimer, ça se voit. Je ne le quittais pas des yeux pendant toute sa ronde. C'est fou, ce mec a une façon de tendre la joue qui me fout mal direct. Il m'énerve, ça ne rate jamais. A tel point qu'il en aurait fallu très peu pour que je lache l'affaire et me mette à la recherche d'une autre fouineur. Mais je n'aurais jamais retrouvé un profil aussi parfait, presque du sur-mesure.

Quand il s'est assis, je l'ai encore regardé pendant quelques minutes, le temps qu'il se détende, qu'il se sente en sécurité derrière son écran, qu'il baisse sa garde, ce rictus apprêté. Je me suis levé et j'ai adopté une démarche souple et décontractée (je l'avais répétée mentalement en le regardant déambuler quelques minutes auparavant), j'ai ouvert ma porte en prenant soin de ne pas la refermer. Je continuais à avancer, calme. Je marchais vers son bureau sans pour autant foncer dessus, s'il avait levé la tête, il n'aurait pas pu se douter que c'était précisément lui que je venais voir. A quelques mettre de son bureau, j'ai ralenti et, posant la main gauche à plat près de son clavier, j'ai dit très posément :

- Peux-tu m'accompagner quelques minutes dans mon bureau s'il te plaît, Paul ?

Avant qu'il réponde, j'avais fait demi-tour en direction de ma pièce. Je me suis arrêté à la porte, je ne doutais pas qu'il me suivait à quelques pas, je voulais le laisser rentrer d'abord, qu'il se sente en confiance. Tout ça était éminemment précipité mais j'avais le sentiment d'avoir assuré à mort. J'étais particulièrement fier du timbre de ma voix au moment de l'aborder. Me reprenant aussitôt, je le laissais passer puis refermais la porte sans un bruit.

17:44 Écrit par | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour J'ignorais le passage de Parker en Finlande.Nul n'est parfait !!!!!!!
Je suis rentré dans ton roman-fleuve.
T'ai mis en lien.
Amicalement

Écrit par : DUKE | 30/01/2006

Les commentaires sont fermés.