28/04/2006

Mouse D. Short

A 19h46 tapante, la porte de la cuisine s'ouvrit de l'extérieur et nous vîmes apparaître quatre petits hommes à la mine sérieuse. ils avançaient en file indienne, disciplinés et silencieux. Le premier était visiblement le père des suivants, ses traits étaient plus creusés, son regard plus lointain, Il avait les sourcils tressés à l'horizontale et portait une barbe soignée de près. Soudainement, il leva le bras droit et la petite troupe s'arrêta net derrière lui. Sentencieux, il s'adressa à nous :

- "Ne vous dérangez pas, jeunes gens, nous venons simplement rechercher notre collaborateur qui termine l'entretien du sous-sol"

N'attendant visiblement pas de réponse de notre part, il se remit en marche, direction la porte de la cave.

J. -"Vous voulez parler d'Edgar ?" osa Julie.
. - "Vous connaissez Edgar ?" demanda l'aîné, sur un ton bien moins cérémonial, presqu'avec inquiétude.
J. -"Nous venons de lui parler quelques minutes" expliqua-t-elle. "Mais, il n'était pas très loquace. C'est dommage parce que nous représentons peut-être un business qui vous intéresserait".
. -"Vous me permettrez d'en douter, jeune dame, les Short n'ont pas pour habitude d'accepter des contrats qu'ils n'ont pas eux-même suggérés."
K. -"Vous devriez peut-être l'écouter quand même, monsieur... Monsieur ?"
. - "Monsieur Short, Mouse D. Short", articula le petit. Je l'écouterais volontiers si je ne savais pas déjà ce qu'elle a à me proposer, monsieur ?"
K. - "Appelez-moi K."
M.S. - "Entendu, monsieur K. Puis-je à mon tour vous poser une question ? "Pourquoi, je veux dire, dans quel but vous intéressez-vous au développement du fantasme dans la sphère professionnelle s'il vous plaît ? Car, si je ne me trompe pas sur vous trois, vous êtes bien employés ici, non ? Seriez-vous le discret patron d'une autre entreprise ? "
J. - "Disons que nous y réfléchissons depuis plusieurs mois. Les trois personnes que vous voyez ici, Paul, K. et moi-même, ne souhaitons plus poursuivre notre carrière ici. L'ambiance est bien trop froide, vous comprenez ? Nous souhaitons bâtir une entreprise neuve, avec un fonctionnement adapté à l'époque actuelle. Une entreprise dans laquelle l'employé est davantage qu'un simple instrument, un cadre où le travailleur est un individu avec ses secrets, ses envies, ses fantasmes. Nous pensons qu'un employé qui réfrène ses pulsions finira par voir flétrir son potentiel créatif pour finalement se complaire dans un train-train stérile".

Julie assurait, je pâlissais d'admiration devant son rythme posé et l'honnêteté qu'elle mettait dans son interprétation. Je jetais un rapide coup d'oeil du côté de Paul qui s'était reculé dans le fond de la pièce pour faire place aux quatre petits corps fiers qui se dressaient, façon de parler, devant nous.
Je ne parlais plus depuis un moment, j'avais besoin de réfléchir. Toute cette mise en scène prenait un temps fou et, finalement, nous n'apprenions pas grand chose. J'essayais de synthétiser les récentes informations : on avait une cave où les bosses du 4ème venaient se vider dans une Sandrine que j'imaginais consentante. On avait un nain, Edgar Short, responsable de l'entretien de cette cave et sans doute d'autres choses également. A ce rythme-là, on pouvait encore se faire balader des heures.Je décidais de jouer ma dernière carte du jour, un quitte ou double.

K. - "Monsieur Short ? Puis-je m'entretenir quelques minutes avec vous en privé ? Je vous assure que ce ne sera pas long !" Demandais-je avec assurance, genre PDG pressé d'en finir avec une journée de merde. Mouse D. Short. - "Vous avez 3 minutes".

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