28/04/2006

 

Je précédais Mouse D. Short, je l'entendais trotter derrière moi, hautain et maniéré. Sérieusement, les quelques heures que je venais de passer avec Julie et Paul m'avaient épuisé, cette attitude calme et posée que je m'efforçais de garder, mon incapacité à être socialement adapté sans d'énormes efforts contre ma nature, tout ça commençait à me plomber le dard . "K., mon vieux, il est grand temps que tu te retrouves seul si tu ne veux pas virer mollusque comme cette larve de Paul". Hors de question que ça m'arrive... C'est pas parce que type m'est utile que je vais lui polir le gland en souriant quand même, bordel. Rien que le fait d'avoir passé la porte, de me retrouver hors de cette cuisine, je me sentais revivre, une boule d'énergie se déloyait en moi. J'allais en découdre avec l'autre nain puis basta, j'me casse et Julie avec moi. Je proposerai de la retaper chez elle et si je sens la moindre ouverture, comptez sur moi, je dégaine !

Short. - "On est assez loin là non ? Qu'avez-vous à me dire au juste?"
K. - "Bon, p'tit gars, voilà le topo : Primo, tu changes de style. Les regards de haut, quand on flirte limite avec le mètre cinquante, ça fait connard, j'te jure. Tu fermes ta gueule, tu baisses les yeux et tu m'écoutes où j'te noie dans le bassin d'épuration qui est à deux rues d'ici. Tu le connais le bassin hein ? Tu vois de quelle eau puante je suis en train de causer, oui ? Bon, crois-moi ou pas, tu serais pas le premier à y piquer une tête. Le plus petit sûrement, mais certainement pas le premier !"

Il était médusé. Franchement, ce p'tit mulot auto-satisfait était à deux doigts de se chier dessus tellement il trouillait. Et moi, m'étant enfin retrouvé, je me sentais pousser des ailes, restait plus qu'à profiter de la situation.

Short? - "C'est quoi ça ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il vous prend ?"K. - "Ce qui va se passer, c'est que ton employeur, Boss, sera mort jeudi prochain !"
Short. - "Mais.."
K. - "Tu poses pas de question, tu ne réfléchis pas, tu écoutes et tu retiens ce que j'te dis, d'ac ?"
Short. - "..."
K. - "Sans Boss, t'es rien, juste une petite merde engoncée dans un business qui pue le vice et le foutre. Moi, je sais tout et j'te fait plonger quand je veux ce soir, demain, jeudi prochain, quand je veux. Tu me comprends bien ? Quand-je-veux ! Toi et ton chenil, vous êtes mal barrés mec !
Short. - "Mais putain, vous voulez quoi à la fin ?"K.- "Ah ! Il me demande ce que je veux. Je le crois pas, il me demande ce que je veux"

Bon, évidemment, fallait pas foirer. Honnêtement, je pensais pas prendre le dessus si facilement. Sur le coup, j'étais un peu pris de court. J'avais bien deux ou trois trucs à lui demander là, comme ça, au dépourvu, genre une petite pute de bureau, une asiatique pas trop gauche pour mes après-midi difficiles, mais bon fallait rester crédible jusqu'au bout ! Et pourquoi tenter l'impossible, au point où j'en étais ?

Short. - "S'il vous plaît, monsieur K., qu'attendez-vous de moi et de mes fils ?"
K. - "Je veux que vous assassiniez Boss ! "

Silence.

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Mouse D. Short

A 19h46 tapante, la porte de la cuisine s'ouvrit de l'extérieur et nous vîmes apparaître quatre petits hommes à la mine sérieuse. ils avançaient en file indienne, disciplinés et silencieux. Le premier était visiblement le père des suivants, ses traits étaient plus creusés, son regard plus lointain, Il avait les sourcils tressés à l'horizontale et portait une barbe soignée de près. Soudainement, il leva le bras droit et la petite troupe s'arrêta net derrière lui. Sentencieux, il s'adressa à nous :

- "Ne vous dérangez pas, jeunes gens, nous venons simplement rechercher notre collaborateur qui termine l'entretien du sous-sol"

N'attendant visiblement pas de réponse de notre part, il se remit en marche, direction la porte de la cave.

J. -"Vous voulez parler d'Edgar ?" osa Julie.
. - "Vous connaissez Edgar ?" demanda l'aîné, sur un ton bien moins cérémonial, presqu'avec inquiétude.
J. -"Nous venons de lui parler quelques minutes" expliqua-t-elle. "Mais, il n'était pas très loquace. C'est dommage parce que nous représentons peut-être un business qui vous intéresserait".
. -"Vous me permettrez d'en douter, jeune dame, les Short n'ont pas pour habitude d'accepter des contrats qu'ils n'ont pas eux-même suggérés."
K. -"Vous devriez peut-être l'écouter quand même, monsieur... Monsieur ?"
. - "Monsieur Short, Mouse D. Short", articula le petit. Je l'écouterais volontiers si je ne savais pas déjà ce qu'elle a à me proposer, monsieur ?"
K. - "Appelez-moi K."
M.S. - "Entendu, monsieur K. Puis-je à mon tour vous poser une question ? "Pourquoi, je veux dire, dans quel but vous intéressez-vous au développement du fantasme dans la sphère professionnelle s'il vous plaît ? Car, si je ne me trompe pas sur vous trois, vous êtes bien employés ici, non ? Seriez-vous le discret patron d'une autre entreprise ? "
J. - "Disons que nous y réfléchissons depuis plusieurs mois. Les trois personnes que vous voyez ici, Paul, K. et moi-même, ne souhaitons plus poursuivre notre carrière ici. L'ambiance est bien trop froide, vous comprenez ? Nous souhaitons bâtir une entreprise neuve, avec un fonctionnement adapté à l'époque actuelle. Une entreprise dans laquelle l'employé est davantage qu'un simple instrument, un cadre où le travailleur est un individu avec ses secrets, ses envies, ses fantasmes. Nous pensons qu'un employé qui réfrène ses pulsions finira par voir flétrir son potentiel créatif pour finalement se complaire dans un train-train stérile".

Julie assurait, je pâlissais d'admiration devant son rythme posé et l'honnêteté qu'elle mettait dans son interprétation. Je jetais un rapide coup d'oeil du côté de Paul qui s'était reculé dans le fond de la pièce pour faire place aux quatre petits corps fiers qui se dressaient, façon de parler, devant nous.
Je ne parlais plus depuis un moment, j'avais besoin de réfléchir. Toute cette mise en scène prenait un temps fou et, finalement, nous n'apprenions pas grand chose. J'essayais de synthétiser les récentes informations : on avait une cave où les bosses du 4ème venaient se vider dans une Sandrine que j'imaginais consentante. On avait un nain, Edgar Short, responsable de l'entretien de cette cave et sans doute d'autres choses également. A ce rythme-là, on pouvait encore se faire balader des heures.Je décidais de jouer ma dernière carte du jour, un quitte ou double.

K. - "Monsieur Short ? Puis-je m'entretenir quelques minutes avec vous en privé ? Je vous assure que ce ne sera pas long !" Demandais-je avec assurance, genre PDG pressé d'en finir avec une journée de merde. Mouse D. Short. - "Vous avez 3 minutes".

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